Réflexions sur la viticulture

Mardi 24 janvier 2006 2 24 /01 /2006 08:22

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire découvrir cet excellent billet de Patrick Besson, publié dans Le Point en novembre dernier, sur le rapport Chabalier et la diffusion d'idées prohibitionnistes :

Tout le monde critique Hervé Chabalier. Mais moi je le comprends. Je comprends les gens que tout le monde critique, car moi aussi tout le monde me critique. L'une des meilleures choses sur terre est le vin et Hervé n'a plus le droit d'en boire. Ce serait supportable pour lui si personne n'en buvait. Mais ce n'est pas le cas. Du coup, la vie d'Hervé est un enfer. Pour lui, une seule solution : nous empêcher de consommer du vin, afin que le fondateur de l'agence Capa et auteur de « Le dernier pour la route, chronique d'un divorce avec l'alcool » (Laffont) ne nous voie plus en train de nous régaler alors que lui-même se prive. Il a donc entrepris de mettre les Français à l'eau, comme lui. Dans ce but, il a rédigé un rapport qu'il a remis le jeudi 24 novembre au ministre de la Santé, Xavier Bertrand. C'est une invitation pressante à la prohibition. Chabalier raisonne en alcoolique car, comme il le dit lui-même, un ancien alcoolique n'est pas un non-alcoolique, c'est un alcoolique qui ne boit plus. Provisoirement. Pour Hervé, tout verre de vin est mauvais car il le mènerait à la bouteille, puis à la caisse, puis à la cave, puis au cercueil. Il ne lui viendrait pas à l'esprit que nous n'avons pas ce problème-là avec l'alcool. Que lorsque nous buvons une slivovica le matin, nous sommes au thé le soir. Que le vin arrose nos meilleurs déjeuners de copains mais que l'eau ruisselle sur nos adorables dîners familiaux. Qu'un scotch chasse notre mélancolie mais que c'est le jus de pomme qui nous désaltère. Qu'une première bière est amusante mais qu'une seconde est rasoir. L'abstinence à laquelle, par exaspération, Hervé veut nous réduire est indispensable à sa survie, mais pas à la nôtre. S'il a eu la faiblesse de se laisser ligoter par l'alcool au point d'être aujourd'hui condamné à la sobriété pour le restant de ses jours, il n'y a aucune raison pour que nous, qui avons su conserver notre liberté face à la boisson, nous devions matin, midi et soir baigner notre bouche heureuse, notre langue délicate et notre palais sensible dans l'eau et uniquement dans l'eau.

Il a du pain sur la planche, Hervé. Mais les anciens alcooliques ont de l'énergie à revendre. Exemple : George Bush. C'est pour quand, alors, le bombardement de la Syrie ? Ce n'est pas qu'on s'ennuie, mais George était parti sur les chapeaux de roue et là, il y a comme un ralentissement dans ses expéditions guerrières. Une sorte de manque d'agressivité. Je me demande s'il ne se serait pas remis à boire. A la place de Barbara, j'inspecterais avec attention le Bureau ovale, au cas où le président des Etats-Unis y planquerait des bouteilles. Passons. Première tâche de Chabalier : caviarder sévèrement l'Evangile. Parce qu'à Cana Jésus, il ne multiplie pas les bouteilles de Badoit. Et le soir de son arrestation, qu'est-ce qu'il sert à ses disciples ? Pas du Fanta, que je sache. Buvez-en tous, car ceci est de la menthe à l'eau. C'est bon, la menthe à l'eau, mais ça n'a jamais eu la couleur du sang. Du sang du Christ.

 

Les gens qui boivent de l'eau vivent plus vieux que les gens qui boivent du vin, mais moi je ne veux pas vivre vieux dans un pays où les anciens alcooliques exigent que tout le monde boive de l'eau. Il y a un génie dans le vin et il est mauvais, comme tous les génies. Dans l'eau, il n'y a rien de mauvais, car il n'y a rien.

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /2006 17:36

Hier, nous avons organisé un dîner pour le départ de notre stagiaire Alexandra. Comme elle n’avait pas eu vraiment l’occasion de profiter de la région, j’ai opté pour un bar à vin « tendance » de Saint-Emilion, à savoir l’Essentiel. L’Essentiel propose une sélection de vins au verre depuis de simples Bordeaux jusqu’aux 1er Crus classés Ausone et Cheval Blanc, accompagnés d’assiettes de fromages et de charcuterie. Murs et sols sont tapissés de moquette violette. La plupart des plus belles références de la rive droite y est présentée dans des armoires de verre et d’inox, où sont exposés des pieds de vigne peints de couleur vive sur tapis de calcaire. L’accueil et le service sont impeccables, la sélection quant à elle se veut un reflet des  vins de Bordeaux modernes, très murs et sur le fruit, d’inspiration « Garage ». Faute de réservation, nous n’avons pu nous y attabler, nos déambulations nous ont alors conduits au sein de « l’Envers du Décor », créé il y a 18 ans par François des Ligneris, par ailleurs propriétaire du Château Soutard. La aussi, il aurait fallu réserver malgré les deux salles, mais un simple comptoir de bar a suffit à notre bonheur. Et quel emplacement ! Sans doute le meilleur qui soit, à côté de Stéphane Derenoncourt (l’un des winemakers les plus en vue de Bordeaux), d’un dandy Suisse volubile et du propriétaire des lieux. Avec François de Ligneris, nous avons évoqué les merveilleux Morgon sans souffre de Marcel Lapierre et de Jean Foillard, les Fleury d’Yvon Métras, les Cornas de Thierry Allemand. Notre hôte nous a régalé de sa verve en nous contant l’origine de son vin de table « l’R de rien », à l’étiquette digne d’un « monochrome de Whiteman », inspiré par le fait que la surcharge d’information sur les étiquettes conduit à ce que le consommateur ne retienne qu’une seule chose : « rien ».

 Or, l’Essentiel et l’Envers du décor sont deux « chapelles » de Saint-Emilion, chacune étant à sa manière une ambassade de l’atypicité et de la différence. Pour les uns, les vins mûrs seront la référence, quand la panacée sera la voie de la viticulture naturelle pour les autres. Malheureusement, on peut déplorer qu’au lieu d’émulation on entende ou lise parfois certains fidèles à l’une ou l’autre adresse dénigrer un peu le travail accompli à quelques pas. Pour ma part, ce n’est pas le même plaisir qui me gagne quand je déguste un Virginie de Valandraud ou un Morgon de Lapierre ; ce sont des émotions gustatives accomplies et je rends grâce de tant de richesse née de la diversité. Ces propos ressemblent certainement à de la langue de bois mais ils sont sincères car je ne boude aucun de ces plaisirs.

 

 

 

 

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Mercredi 28 juin 2006 3 28 /06 /2006 11:05

Le millésime 2005 est déjà entré dans la légende alors même que le film n’est pas achevé et sur simple présentation de la bande annonce. Il est vrai que techniquement ce millésime est un parfait équilibre entre maturité et acidité encore présente pour garantir une structure. D’autres millésimes présentaient le même profil (1949, 1961, 1982) mais ce 2005 bénéficie au surplus des récents progrès technologiques qui permettent de préserver le fruit ou de mieux extraire la matière, si l’on songe par exemple à la maîtrise des températures voire aux macérations pré-fermentaires à froid.

Evidemment, ce millésime 2005 est perçu comme une bulle d’air dans le contexte morose de la viticulture française. Or, ce que je constate au quotidien est exactement le contraire. Depuis les sorties des vins en primeur (début mai), le marché semble s’être arrêté pour se focaliser sur 30 vins exceptionnels, voire une centaine de crus classés. En dehors de ces références rares, quelque soit votre interlocuteur (courtier, négociant, acheteur grand compte), vous avez le sentiment de déranger et de troubler la frénésie ambiante et vos coups de fils semblent incongrus.

Les prix les plus fous sont annoncés, avec des croissances qui se situent entre 30 % à 115 %. Les pronostics vont bon train annonçant nombre de crus d’exception à près de 500 euros la bouteille. Pour autant ces prix ne me semblent pas indécents car ces produits ont quitté le domaine des arts de la table pour voler dans la sphère des produits de luxe, et il est préférable à mes yeux que l’on parle de certaines locomotives vendues à 500 euros plutôt que l’attention ne soit focalisée sur les bouteilles vendues à 1 € dans les grandes surfaces. Les vins de Bordeaux doivent faire à nouveau rêver et il faut en finir avec les « déclinologues ».

 Il importe cependant que l’on rappelle que les crus classés ne représentent qu’à peine 4 % de la production bordelaise et que les prix devraient être stables et mesurés pour près de 12 000 propriétés de Gironde. Les bonnes affaires se feront en 2005 sur les appellations moins prestigieuses telles que Bordeaux et Bordeaux Supérieur, car l’écart qualitatif entre petite propriété et grand château se réduit lors des millésimes d’exception.

 Pour compléter cette réflexion et découvrir un autre point de vue, je vous incite à lire la chronique consacrée au prix des primeurs 2005 publiée sur le blog d'Hervé Bizeul (www.closdesfees.com

Charles Traonouëz

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Mercredi 28 juin 2006 3 28 /06 /2006 16:00

Une des raisons de la crise que traverse le bordelais est la perte de part de rêve que véhiculent les vins de Gironde. Dimanche soir, dîner à la Maison de l’Aubrac en plein 8ème arrondissement de Paris. Une carte magnifique. Probablement les plus belles références de France, depuis le Domaine de la Romanée Conti aux vins d’Anjou de Mark Angéli en passant par la Coulée de Serrant de Nicolas Joly, sans oublier les Morgons sans souffre de Foillard. Une carte des vins qui est un recueil de plusieurs dizaines de pages. Et pourtant, pas une ligne qui fasse référence au Bordeaux. Je l’ai compulsé une fois, puis refeuilleté pour être sûr de ne pas avoir fait d’impasse. Néant. Et cet exemple n’est pas isolé, car dans un établissement réputé de la rue Bobillot (Paris 13ème) voisin de mon ancien domicile, le régime était le même.

Les consommateurs  sont à la recherche d’exotisme comme en témoigne l’engouement pour les vins fruités du nouveau monde. Mais l’exotisme n’est pas seulement présent au Chili ou depuis peu en Chine, l’exotisme peut aussi se rencontrer en dégustant un verre de vin rare du Loiret ou un Fief vendéen. Bordeaux doit reconquérir les palets des consommateurs et pour ce faire, nous devons les faire à nouveau rêver et les dépayser.

Or, les vins des coteaux de Saint-Macaire sont issus d’un terroir magnifique que nous nous efforçons de sublimer. Athanase Fakorellis désigne régulièrement l’une de nos parcelles comme étant «  la Toscane de Bordeaux ». A nous de nous inspirer justement du miracle viticole italienne et de faire aussi bien que ces « Super Toscans » qui ont su si bien vaincre les préjugés.

 

Charles Traonouëz

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Lundi 31 juillet 2006 1 31 /07 /2006 09:41

Attendu qu’il n’existe pas de saison creuse et que nous devons continuer à veiller sur nos raisins comme pour le lait sur le feu, les vacances sont prises par le personnel de manière alternée, et pour ma part je me coordonne avec le maître de chai pour que nos dates de congés ne coïncident pas. Nous avons donc décidé avec mon épouse de faire un break sur ces dernières semaines une quinzaine de jours de repos en Bretagne. Joignant l’utile à l’agréable, j’ai pris le soin de garnir le coffre de la voiture de bouteilles pour en faire la promotion auprès des cavistes et restaurateurs locaux. Cette prospection a été riche d’enseignements. J’arrive à la conclusion que la qualité d’un restaurant se mesure très facilement à la carte des vins. En effet, un restaurateur digne de ce nom est un artiste, un explorateur des saveurs. Aussi, quelqu’un qui ne se donne pas la peine de prolonger sa quête des sens jusqu’à la cave ne peut être un cuisinier accompli. Or, malheureusement trop souvent, les cartes des vins ne mentionnent que le nom de l’appellation et le millésime, taisant ainsi l’identité du vigneron auteur de la cuvée. Cela témoigne souvent d’une carte standardisée, façonnée sans réelle prospection, donc plus souvent issue d’achats auprès de négociants que de rencontres et de discussions avec d’authentiques vignerons et des cavistes. Ce qui me conforte dans mon opinion c’est l’accueil que m’ont réservé les chefs cuisiniers ou les sommeliers et qui est révélateur de la prestation générale proposée aux clients. Quelques restaurants misant seulement sur un nom hérité de la Belle Epoque et un emplacement de bord de mer m’ont bien fait comprendre que seul le prix d’achat importait et que des bordeaux blancs vendus plus de 3 € H.T étaient bien trop chers ; le lecteur se doutant bien que pas une bouteille de Bordeaux n’est cependant proposée à moins de 20 euros aux clients dans ce type d’établissement. Il y aurait d’ailleurs beaucoup à écrire sur les multiples pratiqués sur les liquides dans la restauration et notamment dans les lieux touristiques, le pire exemple que j’ai pu relever correspondant à un multiple de 10 pratiqué dans un restaurant de Montmartre, à savoir qu’un insipide Bordeaux de négoce acquis par le propriétaire à 1,7 € la bouteille y est revendu 17 € à la clientèle. Avec une telle publicité, comment ne pas comprendre que la clientèle étrangère de passage soit circonspecte à l’égard des vins français.

 

En revanche, j’ai été positivement séduit par l’accueil et l’écoute de vrais créateurs, comme le chef du restaurant «  La Clarté  » et le sommelier du Belouga (Hôtel l’Agapa ****), tous deux situés à Perros-Guirec, car leur ambition est avant tout de servir des produits de première qualité à leur table et d’avoir une cohérence entre la carte des vins et les pérégrinations culinaires proposées à leur clientèle.

 

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Mercredi 9 août 2006 3 09 /08 /2006 20:14

Loin de moi la volonté de blâmer quiconque et de jeter l’opprobre sur la très noble profession de restaurateur, je souhaite juste apporter une contribution à un double problème :

 -          la crise viticole

 -          les moindres ventes de vin dans la restauration

 La crise viticole serait imputable à la concurrence des vins du nouveau monde. Si cet argument est vrai à l’export, sur le marché domestique les ventes de vins du nouveau monde ne représentent pas encore 3 % des ventes des hypermarchés. 5 à 7 % si l’on y inclut ceux de la vieille Europe, italiens et espagnols.

 Ces chiffres sont rappelés par Michel-Edouard Leclerc dans un article du 31 juillet dernier publié son son blog, avec le franc parlé qui le caractérise (http://www.michel-edouard-leclerc.com). Au passage, que l’on apprécie ou non Michel-Edouard Leclerc, je souligne que voila un vrai blog, avec des textes précis, des articles polémiques et sans langue de bois et où finalement l’aspect auto-promotion ne saute pas aux yeux.

 En fait, si le vin se porte moins bien en France c’est parce que le consommateur a changé, que le vin version alimentaire a disparu et que l’amateur est devenu exigent. Plaisir est devenu le maître mot. Or, tout gastronome se rend avant tout au restaurant dans le but de vivre d’intenses émotions gustatives ou de partager un moment de convivialité, donc dans l’objectif de se faire plaisir. A chaque fois que je suis au restaurant, je pense d’ailleurs à cette citation d’Eddy Mitchell à l’adresse de Sabine Azéma dans « Le Bonheur est dans le pré » : « Ici, on ne prend pas des brocolis cuits à l’eau de Vittel. On prend du plaisir ! ». Force est de constater que la consommation de vin au restaurant est en chute libre, comme en témoigne l’expérience d’un restaurateur voisin qui a servi 30 couverts un midi pour une seule bouteille de vin consommée. A contrario, nous avons ouvert un bar à vin qui offre une activité de petite restauration sur le château le vendredi. Chaque vendredi nous accueillons une vingtaine de convives en moyenne et nous leur proposons de découvrir nos vins autour de produits régionaux. Sans vouloir pousser à la consommation et inciter nos hôtes à des imprudences, force est de constater que la moyenne pour un couple est supérieure à une bouteille consommée. Pour autant, comme dans tout restaurant, les clients viennent avant tout pour le cadre et la qualité des plats que pour les vins. Quelle est la raison de cet engouement, nonobstant le fait que nos produits sont de bonne facure ? Peut-être faut-il chercher la raison dans le prix, car nous vendons nos vins à prix propriété, soit de 3,2 € à 6,5 €. Aussi, peut-être faut-il voir dans les multiples de 3,5 à 5 (voire 10 dans certains restaurants de zone touristique) un sérieux frein à la consommation de vin au restaurant, car finalement avec des prix qui se maintiennent sages sur les cartes de la plupart des établissements (certains jugeront que non, mais observez dans le même temps la hausse des fruits et légumes ou du pain), le prix d’une bouteille est fréquemment supérieur à celui d’un menu. N'oublions pas toutefois que c'est sur les liquides qu'un restaurateur arrivera à gagner sa vie et je ne suis malheureusement pas certain que les consommateurs accepteront de voire leur addition accrue de 30 % pour bénéficier de tarifs plus doux sur les vins et l'eau minérale.

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Mercredi 6 septembre 2006 3 06 /09 /2006 11:59

Ces deux objets de forme oblongue sont peut être l’avenir du bouchage. Visuellement ils pourraient être confondus à des produits médicaux, mais ce sont des chefs d’œuvre de technologie qui permettent finalement à la tradition de s’exprimer. En effet, sur le plan du bouchage, que constate-t-on ? En dépit des progrès de traçabilité, les fabricants de bouchons en liège sont dans l’impossibilité de garantir l’absence totale de goût de bouchon. Voire, le liège étant un produit naturel, les propriétés (élasticité, oxygénation ménagée) de bouchons issus d’un même lot sont parfois très hétérogènes. Or, que demande-t-on à un bouchon ? D’éviter les bouteilles couleuses en ne laissant pas passer le liquide et de permettre une oxygénation lente afin de favoriser le vieillissement du vin. D’autres solutions techniques existent pour pallier aux défauts du goût de bouchon :

Le synthétique. Un bouchon synthétique limitera les risques de goût de bouchon (mais ne les réduira pas à zéro, attendu que les bouchons ne sont pas seuls en cause en cas de présence de TCA). Par contre, un bouchon synthétique générera une étanchéité totale ne permettant pas un vieillissement harmonieux.

Le bouchon technologique. Certains bouchons s’apparentent visuellement aux bouchons agglomérés mais sont en fait des bouchons reconstitués dont chaque granulé à été débarrassé de ses impuretés au moyen de bains. Certaines solutions techniques de ce type sont garanties sans goût de bouchon. En revanche, les bouchons technologiques ne préviennent pas de risque d’oxydation, voire de relargage de colles ayant servi à l’assemblage du bouchon.

La capsule à vis. La capsule à vis est présentée comme l’avenir du vin. Adieu le « pop » si caractéristique. La capsule présente deux inconvénients à mon sens. En premier lieu, l’étanchéité est totale pouvant amener de la réduction. En second lieu, on peut imaginer en Grandes Surfaces que certaines personnes voudront dévisser les capsules à vis pour sentir voire goûter le vin, ce qui imposera à chaque client d’être vigilant.

Guala Seal (la photo) est la solution développée par le groupe italien Guala, spécialiste de l’emballage. Ce bouchon utilise des matériaux adaptés à l’agroalimentaire et déjà utilisés dans la chirugrie cardiovasculaire. Ce bouchon est constitué de plusieurs corps, afin de permettre une déformation du bouchon et de prévenir toute fuite de vin. Par ailleurs, une membrane permet une oxygénation lente et régulière, permettant au vin de s'affiner avec l'âge toute en conservant sa fraîcheur. Ce procédé a suscité l’attention de nombreux domaines. Il est à l’essai ou en utilisation dans de nombreux crus classés de Sauternes, au sein de maisons de négoce bourguignonnes réputées, et même auprès d’un cru mythique de Bourgogne où il aurait donné d'excellents résultats parait-il.

Les seuls freins à la généralisation de cette technique sont le prix (0,35 centimes par bouchon auxquels il faut intégrer un supplément de coût lors de mises en bouteilles, ce qui peut sembler très élevé pour un bouchon non naturel) et les réticences éventuelles du consommateur non informé attachés aux bouchons lièges traditionnels ; lesquels ne sont d'ailleurs apparus que très récemment puisque le vin n'est conditionné en bouteille que depuis à peine deux siècles. C’est pourquoi, je profite du fait que le blog puisse aussi être un support de discussion et d’échange pour éventuellement recueillir l’avis des lecteurs. La sécurité va-t-elle l'emporter sur la tradition dans ce sondage improvisé ?

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /2006 13:04

Les nouvelles de Malromé se raréfient,  et pour cause, nous sommes dans l’expectative et je limite mes écrits ne sachant quelle tonalité donner à mes messages. Du fait des fortes intempéries, nous avons été contraints d’interrompre les vendanges en fin de semaine. Nous sommes donc contraints à l’attente d’un ciel plus clément et les apparitions de Sébastien Folin sont suivies avec un indicible mélange de ferveur et d’appréhension. Un retour au beau temps serait prévu en fin de semaine mais mon indice de confiance personnel ne dépasse pas la demi-journée. Au chai nous avons tout de même débuté la descente en barrique des premiers lots de Muscadelle, de Sauvignon et de Sémillon après débourbage.

 

Faute de m’étendre sur les vendanges, je souhaite évoquer le contexte économique actuel. En début de semaine dernière, j’ai assisté à Saint-Macaire à une réunion rassemblant les viticulteurs locaux et à laquelle participaient Alain Vironneau (Viticulteur et nouveau Président du CIVB), Alan Sichel (négociant, vice-Président du CIVB) et Bernard Farges, Président du Syndicat des Bordeaux et Bordeaux supérieurs. De nombreux élus étaient également présents. Les échanges avec le public ont porté particulièrement sur les rendements pour les vendanges en cours, lesquels ne sont paradoxalement toujours pas arrêtés du fait de l’huper-centralisation de la politique viticole. Or, certains viticulteurs ont demandé une hausse des rendements qui va à l’encontre de la tendance actuelle de mise en adéquation de l’offre avec la demande, en développant une idée intéressante d’utilisation de l’accroissement de production à des fins de promotion des vins de Bordeaux (en clair, le vins produit en plus serait mis sur le marché sous une même étiquette pour animer des dégustation de vin de Bordeaux dans le monde entier). Cette voie ne devrait pas être explorée, puisque la restructuration du vignoble devrait déboucher sur des rendements autorisés qui soient fonction des volumes écoulés par appellation. Cette évolution probable a soulevé l’indignation de nombreux viticulteurs qui ne comprennent pas que des appellations considérées comme hiérarchiquement supérieures puissent bénéficier de rendements plus élevés que ceux de l’appellation régionale Bordeaux. A mon sens, cette incompréhension vient du fait que l’on ne retient comme seul critère que le rendement, alors qu’il faudrait raisonner plutôt en terme de charge (de vendange) autorisée par pied, attendu que 50 hectolitres produits par 10 000 pieds sur un hectare ne peuvent être comparés à un même volume issu d’un vignoble de seulement 3 000 pieds. Mais globalement, ce que je retiendrai de cette réunion c’est l’inévitable mais toujours tragique incompréhension entre auditeurs et intervenants. Des personnes ont pris la parole, au bord des larmes, pour expliquer qu’ils étaient venus chercher de l’espoir et qu’ils n’ont pas été exaucés, alors même que leur trésorerie ne leur permettra pas de poursuivre leur activité après l’hiver. Le drame de cette réunion c’est qu’elle opposait des personnes venues chercher des solutions immédiates à leur détresse personnelle, alors que les réponses apportées étaient administratives, collectives et prospectives.

 

Je félicite tout de même les intervenants pour leur courage, car ils avaient accepté d’endosser ce soir la tenue du médecin qui doit annoncer à un malade sa fin prochaine. En effet, si la viticulture française et européenne dispose de nombreux atouts, elle doit désormais réaliser une mutation profonde, brutale, finalement très proche de celles menées pour les charbonnages et la métallurgie, pour perdurer face à la concurrence du nouveau monde. Désormais, les exploitations issues d’appellation régionales, les exclus des classements et des notes des critiques influents, sont appelés à muter ou à laisser place à de véritables PME disposant d’un service commercial national et export et dotées des techniques de vinification les plus avancées. Notre filière doit encore également progresser en traçabilité et offrir au consommateur une garantie supplémentaire de respect de l’environnement et des populations par rapports à nos concurrents d’autres continents, lesquels, par exemple, irriguent au mépris de la gestion des réserves d’eau potable ou emploient une main d’œuvre rémunérée parfois à 1,5 euros par jour.

 Finalement, le temps d'écrire ce billet d'humeur, et nous assistons à une belle éclaircie. On va peut-être enfin re-vendanger.

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Mardi 14 novembre 2006 2 14 /11 /2006 13:44

J’ai beau être plongé dans la viticulture près de 12 heures par jour, baigner dans les vinifications de septembre à novembre, j’avoue ne rien comprendre aux informations délivrées par la presse à propos de l’usage des copeaux de Chêne. On nous annonce en préambule que les copeaux de chêne sont autorisés désormais pour les vins d’appellation, puis dans le même reportage, on nous précise que l’INAO a donné un avis défavorable à l’aromatisation des vins par morceaux de bois et donc que cette technique est prohibée pour les vins d’AOC à l’exception des cas d’expérimentation. Maintenant, personne n’explique en quoi consistent lesdites expérimentations et d’ailleurs aucune étude n’a été publiée pour informer clairement utilisateurs et consommateurs des bienfaits et méfaits des copeaux de chêne. Précisons que les professionnels n’ont d’ailleurs comme source d’information que les médias grand public, puisque aucun texte clair ne nous a été communiqué par les autorités compétentes à ce jour.

Pour ma part, j’avoue être réservé sur cette évolution. Afin de me faire un avis, je me suis rendu avec Christophe, notre maître de chai, au laboratoire Laffort afin d’y déguster des vins élevés avec des morceaux de bois. Evidemment, à la dégustation les vins élevés comme tel ressortent avec d’avantage de sucrosité et de structure que l’échantillon témoin. Il m’apparaît vraissemblable comme le soutiennent les promoteurs des copeaux de chêne que les copeaux combinés à une micro-oxygénation restituent le goût de chêne, la sucrosité et la souplesse liée à l’oxygénation ménagée comme dans le cas d’une barrique. Pour autant, si avec une barrique les risques de dérives existent (abus de bois neuf masquant le fruit ou emploi de barriques trop vieilles ou mal nettoyées à l’origine de déviances organoleptiques), les copeaux placés dans les mains d’apprentis sorciers peuvent faire tourner les vinifications à la catastrophe en raison des risques de surdosage ou d’évolution mal maîtrisée du vin en bouteille. Mais le principal problème des copeaux est lié aux dommages collatéraux en terme d’image. Les vins français et européens ont comme principal facteur différenciant avec les vins du nouveau monde l’attachement au terroir et à la tradition. En coupant ce lien avec l’authenticité dans l’esprit du consommateur, nous risquons peut-être finalement de perdre plus de crédit que de trouver de nouveaux débouchés. On pourra objecter que déjà au XVIIIème siècle les religieuses de Saint-Germain des Près utilisaient les copeaux de bois pour aromatiser le vin produit à l’abbaye, mais de nos jours seul l’élevage barrique est perçu comme "catholique" par le grand public.  Or, utiliser les copeaux c’est choisir de lutter sur le terrain des vins d’entrée de gamme avec nos concurrents du nouveau monde. Or, c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire, les affronter sur leur marché alors que nos coûts de production (salaires et charges sociales, protection phytosanitaire du vignoble, fiscalité…) nous mettent déjà hors concours. Ce qui m’apparaît certain c’est la nécessité de développer une viticulture à deux vitesses, avec les vins respectueux du terroir et produits selon les techniques traditionnels aux côtés de vins technologiques, plus simples et immédiatement séducteurs, même si malheureusement je ne suis pas convaincu qu’il existe une place pour tous les viticulteur français dans l’une de ces deux catégories qui requièrent respectivement terroir de première qualité et moyens marketing et commerciaux importants.

 

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Mercredi 15 novembre 2006 3 15 /11 /2006 12:41

Novembre et ses fêtes : Toussaint, Armistice et première gorgée de Beaujolais. Depuis 1951, le 3ème jeudi de novembre s’est imposé comme un rendez-vous incontournable et un événement mondial. Certes, le Beaujolais nouveau n’est pas épargné par les critiques, mais nous aurions tort de dénigrer cette fête qui apporte un peu de couleurs dans la grisaille et les frimas de novembre. Mais, climat prohibitionniste oblige, le beaujolais nouveau est devenu un symbole de la lutte pour un certain art de vivre, le bastion de la convivialité et d’une mixité sociale autour de nos comptoirs.

 

 

A mon sens, tous les oenophiles et vignerons de France devraient être solidaires du Beaujolais nouveau et souhaiter le meilleur succès à cette grande opération commerciale, car il s’agit de l’un des (trop) rares moments où vin rime avec fête. Récemment, le Professeur Didier Houssin, directeur général de la Santé , a expliqué dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire que les politiques actuelles visaient à augmenter le nombre d’abstinents  et à diminuer le nombre de buveurs occasionnels (Merci Hervé Bizeul pour cette découverte). Les choses sont au moins claires, pour les autorités sanitaires l’amateur de vin est un homme dangereux qui fait le lit de l’alcoolisme. Mais seul le pays de Rabelais semble éprouver le besoin de détruire son identité viticole, dans cette dynamique d’auto-flagellation que nous observons pour tout ce qui touche à notre histoire et à notre culture. Alors qu’en Allemagne, les scientifiques mettent en avant l’action positive des polyphénols contre les maladies cardio-vasculaires, le French Paradox est vanté aux Etats-Unis et dans le même temps, en Espagne, le vin est érigé au rang de produit culturel.

 

 

 J’ai peut-être le tort de penser que, pour vivre mieux et vieux, il faut vivre avant tout heureux et non abstinent-dépressif. En ce sens, je rejoins les propos de Patrick Besson à propos du rapport Chabalier, que j’avais déjà eu l’occasion de citer : « Les gens qui boivent de l'eau vivent plus vieux que les gens qui boivent du vin, mais moi je ne veux pas vivre vieux dans un pays où les anciens alcooliques exigent que tout le monde boive de l'eau. Il y a un génie dans le vin et il est mauvais, comme tous les génies. Dans l'eau, il n'y a rien de mauvais, car il n'y a rien. ». Et surtout méfions nous des comportements excessifs dans l’abstinence ou l’excès.

 

 

Comme je ne désire pas vivre dans une société aseptisée et déresponsabilisée, je ferais demain mon acte militant en dégustant un gouleyant verre de Beaujolais nouveau. D’ailleurs, nous ne nous arrêterons pas en si bon chemin. Pour un dîner avec quelques amis nous pourrions déboucher un excellent Morgon 2005 de Marcel Lapierre ou un Brouilly de Georges Descombes de 2003, cuvées propres à démontrer que le Beaujolais c’est aussi de très grands vins (voir aussi les Beaujolais du Domaine de Vissoux, les Morgon de Jean Foillard et de Jean Thévenet, les Fleurie d’Yvon Métras…).

 

 

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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