Mercredi 28 décembre 2005
C'est à la lecture de l'excellent Blog de Jean-Luc Thunevin, trublion du monde viticole et "garagiste" pionnier (le terme "vin de garage" visait à l'origine Château Valandraud, le premier domaine de Jean-Luc), que j'ai souhaité à mon tour accéder au statut de "blogueur". Je n'ai ni l'expérience ni le talent du perfectionniste Jean-Luc Thunevin pour disserter sur les procédés oenologiques du moment voire sur la pertinence de tel ou tel classement. Pour toutes ces questions, je vous recommande par conséquent de vous orienter vers le blog de Jean-Luc (voir rubrique "liens") où les internautes s'expriment sans langue de bois et avec un rare niveau de connaissances techniques.
En revanche, ce que j'ai voulu partager avec vous c'est la grande aventure qui m'occupe en ce moment, à savoir la restructuration et le développement d'un domaine viticole dans le bordelais, et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit du Château de Malromé, exploité en vignes depuis au moins 1590 et dont la notoriété doit beaucoup à Henri de Toulouse-Lautrec qui en fit sa résidence d'été et y décéda le 9 septembre 1901. D'autres occupants célèbres méritent également notre attention, tel Pierre Rostéguy de Lancre qui fût l'un des plus célèbres chasseurs de sorcières et Leroy de Saint-Arnaud, Ministre de
la Guerre de Napoléon III, Gouverneur de Paris, soldat politique, demi-aventurier et instigateur du coup d'état de 1851.
Sur le plan strictement viticole, Malromé (à 10 mn de Langon) est une immense opportunité, attendu que le terroir est reconnu comme excellent, du fait d'un sol essentiellement graveleux et d'une bonne exposition. Les vins ont bonne réputation mais il est possible de mieux tirer parti du formidable terroir de grave argileuse et de réhausser encore la qualité des cuvées. Le rachat en août 2005 par un investisseur français soucieux de réveiller cette "belle endormie" et ma nomination en qualité de directeur du château marque le début de cette ère nouvelle dont je vais me faire le chroniqueur, en évoquant nos ambitions, nos projets, nos déceptions, nos expérimentations et leurs résultats.
Le calendrier s'y prêtant, je conclue cet édito en vous souhaitant de bonnes fêtes de fin d'année 2005 et une bonne et heureuse année 2006.
Par Charles Traonouëz
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Mercredi 28 décembre 2005
L’année 2005 s’achèvera dans les bulles et, à Malromé, ce sera avec du Crémant de Bordeaux comme il se doit. Ce vin a été l’un des éléments importants de 2005, puisqu’il a été reconnu meilleur Crémant de Bordeaux par le Guide Hachette sorti le 6 septembre dernier. Le jury a été séduit par ses « bulles fines et nombreuses qui favorisent l’expression d’un bouquet complexe de fruits confiturés et de fleurs ». Cette cuvée « Centenaire de la mort de Toulouse-Lautrec" est un produit de nature à faire cesser nombre de préjugés sur le Crémant. Sur le plan technique, elle est élaborée en partenariat avec
la Maison Lateyron , qui assure la champagnisation sur la base d’un vin blanc sec de Malromé élevé en barrique dans nos chais et issu de vendanges manuelles.
Le Crémant est un vin plein d’avenir, si l’on en juge par l’engouement des consommateurs pour les vins effervescents. Selon des statistiques de l’Onivins, les ventes de Crémant de Bordeaux auraient ainsi progressée dans la grande distribution de 15,1 % en volume et de 5,1 % en valeur pour l’année 2004.
Dans un contexte morose pour la viticulture française, la conversion de la production de blancs secs en vins effervescents intéresse désormais nombre de producteurs, non sans raison. Le crémant ne sauvera pas (seul) la viticulture française, mais nous espérons qu'il saura la faire à nouveau pétiller.
Par Charles Traonouëz
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Bon et heureux millésime 2006 .
Je vous adresse une photo de "l'arbre de noël" du château, conçu avec des bouteilles de Malromé Côte de Bordeaux Saint-Macaire 1993 et 1994.
Comme le veut la tradition, je vous livre un extrait de mes bonnes résolutions et rêves pour cette nouvelle année :
- replanter la vigne en densité élevée (au moins 7 500 pieds par hectares, afin d'obtenir plus de concentration pour un rendement stable)
- obtenir le label viticulture raisonnée pour récompenser un usage sage des produits de traitement et l'abandon du désherbage chimique (seulement trois traitements ont été réalisé à Malromé en 2005 et sur les millésimes précédants)
- renouver avec les vendanges manuelles sur les parcelles les plus qualitatives
- mettre en place un tri de la vendange, le premier tri opéré étant celui pratiqué à la vigne par nos vendangeurs
- abandonner les pompages qui ne contribuent qu'à lessiver les vins, grâce notamment à l'emploi d'un cuvon mobile de réception de vendange et l'aménagement gravitaire des chais
- vinifier intégralement en barrique le fruit de nos meilleures parcelles
- filtrer le moins possible les vins afin d'en préserver le fruit et la matière. Je cite l'exemplaire Marcel Lapierre, viticulteur à Villiers-Morgon (voir "Chez Marcel Lapierre" écrit par Sébastien Lapaque dans la collection Ecrivins) : "Est-ce que le buveur de tropicana accepterait que sa boisson soit filtrée
Par Charles Traonouëz
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Le cadeau de fin d'année réceptionné par le Château aura été un lot de 141 barriques , dont 78 barriques neuves et 63 barriques d'un vin (soit des barriques ayant contenu un seul vin pour une durée de 12 mois) pour affiner l'élevage de nos cuvées 2005. Avec les barriques réceptionnées en septembre, au nombre de 170, nous en aurons ainsi acheté 311 sur cette campagne .
La barrique bordelaise est d'une capacité de 225 litres, soit un volume de 300 bouteilles. Elle ne doit pas être confondue avec le "tonneau", qui est lui d'une capacité de 900 litres et ne sert plus que d'unité de mesure depuis qu'il n'est plus utilisé pour le transport (le cours du vin est exprimé en prix du tonneau).
L'élevage en barrique représente un surcoût important, car une barrique neuve de premier choix représente un investissement de l'ordre de 500 à 550 euros. A cela il faut ajouter des charges de manutention importantes, les barriques étant notamment régulièrement houillées (le maître de chai surveille qu'elles soient toujours pleines et procède le cas échéant à leur mise à niveau), bâtonnées (la lie est remise en suspension afin d'apporter du gras au vin), et soutirées tous les 3 à 4 mois (la barrique est alors vidée et nettoyée avant que le vin ne soit réentonné).
En contrepartie, la barrique génère une oxydation ménagée des vins les rendant plus apte à la garde et plus colorés. Elle apporte également des notes boisées, de vanille, de chocolat selon la qualité de sa chauffe.
Qu’est-ce que la chauffe, opération fondamentale qui va marquer le profil aromatique de la barrique ? L’opération de chauffe consiste à placer au centre de la barrique un brasero avant son assemblage définitif. Sous l’effet du feu, la thermo-dégradation des fibres transforme certaines molécules aromatiques présentes dans le bois de chène pour faire ressortir des notes empyreumatiques ou grillées. Du fait de la polymérisation des tanins du bois résultant de la chauffe, l’élevage en barrique apporte donc complexité, finesse, gras, structure, longueur en bouche.
Selon la durée et l’intensité de la chauffe, désormais contrôlées par infrarouge, chaque tonnelier confère un style propre à ses barriques. C’est pourquoi, le château Malromé se fournit auprès de 8 fournisseurs différents afin de disposer de la palette aromatique la plus large possible et réaliser les assemblages les plus fins pour chaque cuvée.
Le chêne utilisé pour la production des barriques servant à l’élevage des vins rouges de Malromé est de première qualité, soit du merrain à grain fin, principalement issu de chênes rouvres et pédonculés provenant de hautes futaies du centre de
la France. de l’Allier ou des Vosges. Nous n'utilisons pas de chêne d'Europe Centrale et nous faisons un usage parcimonieux du chêne américain que nous réservons à certains blancs.
Par Charles Traonouëz
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Les vignobles de l’hexagone sont victime d’une crise sans précédent. Pour notre seule région, les viticulteurs Bordelais mettent sur le marché près de 6,5 millions de bouteilles par an quand seulement 5,5 trouvent un débouché. Paradoxalement, jamais les vins de Bordeaux n’ont été aussi bons en comparaison des productions des années 80 voire 90, et ce grâce au progrès accomplis dans les domaines de la thermorégulation et de l’hygiène.
Sur la thermorégulation, nous avons la chance à Malromé de disposer d’un circuit permettant de réguler la température des cuves lors des vinifications, pour pratiquer macérations préfermentaires à froid, maîtrise des températures lors des fermentations (la fermentation produisant un échauffement de la vendange) et entonnage à chaud des barriques.
Sur le plan de l’hygiène, nous réalisons en cette fin janvier le chaulage des murs des chais, afin de procéder à une désinfection régulière et maintenir des murs immaculés. Nous effectuons cette opération à cette période, avant de descendre les 2005 dans les barriques neuves que nous venons de réceptionner, ce qui devrait intervenir la semaine prochaine.
Par Charles Traonouëz
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Des Bordeaux de Guillaume Queron, Robert Parker a écrit en 2002 : « C’est exactement le type de cru digne de l’attention des consommateurs. Il est élaboré par un jeune passionné, qui tire le maximum de ce vignoble pour en sortir un vin capable de rivaliser avec certains crus classés ». Aujoud’hui Guillaume a développé une activité de conseil, notamment auprès de Jean-Luc Thunevin à qui il prête main forte dans un projet viticole à Margaux. Guillaume a été séduit par le terroir de Malromé et a accepté de former nos équipes à ses méthodes de travail pour leur permettre d’exploiter au mieux le potentiel de chaque pied de vigne. La technique de Guillaume est simple mais va à contre-courant de certaines pratiques culturales répandues. Elle privilégie le guyot simple, avec un pliage à plat de l’aste, un ébourgeonnage destiné à prévenir les entassements de vendanges, une taille respectueuse des courants de sève et enfin un nettoyage du pied de nature à éliminer la pousse de pampres. Hormis l’impact qualitatif que nous escomptons, cet effort accru sur la taille devrait nous permettre d’alléger les travaux d’épamprage, de relevage, de vendanges vertes voire d’effeuillage. Ce qui semble ici « technique » n’est en fait que poésie quand Guillaume vous le décrit. L'homme qui murmurait à l'oreille des merlots...
Par Charles Traonouëz
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En ce début mars, nous préparons les échantillons pour les dégustations des primeurs prévues pour avril prochain, une présélection étant organisée par le Syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs.
Cinq mois après la vendange, nos vins blancs ont presque totalement achevé leur vieillissement en fût. Cette année, les fûts neufs de la maison Vicard ont donné d’excellents résultats, en apportant du gras à nos vins tout en maintenant une certaine fraîcheur et une vivacité indispensable aux blancs. Le Malromé blanc 2005 est déjà un grand vin que l’on peut apprécier. Les consommateurs attendront le mois de juin pour les découvrir et très certainement les apprécier.
Du côté des rouges, les résultats sont également extrêmement intéressants, du fait de la qualité du millésime 2005 que tout le monde présente comme exceptionnel. Par ailleurs, le soin apporté par notre maître de chai à l’élevage sur lies fines avec bâtonnage quotidien pour apporter du soyeux contribue à renforcer le potentiel qualitatif de nos cuvées. Ajoutons que l’élevage est réalisé exclusivement en chêne français, dont un tiers de barriques neuves, et vous comprendrez pourquoi nous sommes enchantés par cette production qui a su conserver un fruit magnifique conjugué avec des notes torréfiées (café, moka). En matière de contribution à la palette aromatique, nous sommes particulièrement ravis par le résultat produit tant sur les cabernets sauvignons que sur les merlots par les barriques de la tonnellerie Sylvain, en chauffe moyenne comme en chauffe forte.
Par Charles Traonouëz
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Dans l'attente de la restauration de certaines parties du domaine et de la réorganisation de nos services, la visite des appartements de la Comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec n'est plus assurée. Nous prions nos visiteurs d'excuser ce désagrément, d'autant plus préjudiciable que nous renouons avec les beaux week-ends ensoleillés. Les amateurs de vins de Malromé peuvent cependant continuer à visiter nos chais accompagnés des commentaires de notre Maître de chai.
Toutefois, nous vous donnons exceptionnellement rendez-vous pour le week-end du 20 mai prochain. La nuit du 20 mai a été retenue pour l'organisation de la nuit des Musée. A cette occasion, le domaine de Malagar (Centre culturel François Mauriac), la ville de Saint-Macaire, le Musée d'Art religieux de Verdelais et le Château Malromé vous proposent un parcours de nuit inédit pour découvrir ces sites éclairés, voire ouverts à la visite nocturne pour certains.
Par ailleurs, cette nuit coïncide avec les journées des 20 et 21 mai dédiées à la première journée "Portes ouvertes" de l'appellation "Côtes de Bordeaux Saint-Macaire". 18 viticulteurs, dont Malromé, participent à cette opération d'information et de séduction. Si le départ officiel du parcours a été fixé à Saint-Macaire, notre Château devrait accueillir amateurs et viticulteurs dans un gigantesque apéritif offert par les vignerons des côteaux macariens le soir du 20 mai. Tout au long de la journée, pour pourrez érer d'un domaine à un autre, tout en ayant une consommation modérée et responsable (car déguster et apprécier c'est aussi recracher). Notre domaine sera heureux de faire visiter ses chais et de proposer la dégustation des Côtes de Saint-Macaire moelleux 2005, tout en vous permettant de découvrir des illustrations de la vie agricole réalisées à l'eau forte par un graveur local, Monsieur Bertrand Gauthier.
Par Charles Traonouëz
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Je n'ai jamais rencontré Hervé Bizeul, ni même eu l'occasion de prendre du rêve pour mille ans avec son "Clos des Fées" (mais je vais rattraper le temps perdu). En revanche, tout comme Guillaume Quéron, je suis un fervent lecteur de son blog. Les quelques lignes qu'il consacre chaque jour au quotidien de son exploitation, sublimées par une plume talentueuse, font le bonheur de mes journées. Certains commentaires sont d'une telle précision et se lisent avec une telle facilité que j'ai décidé d'imprimer les pages du blog d'Hervé pour les mettre à disposition du personnel du Château, afin que ces derniers puissent découvrir comment évolue et pense un viticulteur moderne et exigeant. Merci M. Bizeul pour ces moments de lecture gourmande.
www.closdesfees.com
Par Charles Traonouëz
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Lundi 3 avril, lancement des dégustations du millésime 2005 en primeur. En milieu d’après-midi, Direction Saint-Emilion en compagnie de Christophe Veyssière notre maître de chai, afin de puiser l'inspiration et de prendre le pouls du marché. L’arrivée à Saint-Emilion est surprenante à cette période de l’année : parkings engorgés de voitures de location immatriculées dans l’Oise et, dans les rues, nuées d’importateurs en costumes s’exprimant en anglais.
1ère étape chez Jean-Luc Thunevin, dans le chai historique du Château Valandraud en plein coeur de Saint-Emilion. Accueil impeccable par deux collaboratrices de Jean-Luc. Nous y avons retrouvé Guillaume Quéron qui faisait déguster les vins des propriétés qu’il suit pour le compte du propriétaire de Valandraud. Nous avons été très impressionnés par la maturité et la concentration de simples Bordeaux, à commencer par « Présidial » qui sera vendu aux alentours de 3-4 euros aux consommateurs. J’ai également beaucoup aimé les bordeaux de Paul-Marie Morillon (Château Lafont Fourcat), que je n’avais jamais rencontré mais avec lequel je m’étais déjà entretenu téléphoniquement dans le cadre de notre recherche d’un fournisseur de produits phytosanitaires, puisque Monsieur Morillon exerce cette activité en adéquation avec les principes d’une viticulture raisonnée. Cette dégustation confirme la dimension exceptionnelle du millésime 2005 et ce sont surtout les vins de l’appellation Bordeaux qui surprendront le consommateur par une structure qui constituent d’ordinaire l’appanage des grands crus. J’ai également adoré les vins du Roussillon proposés, qu’il s’agisse des vins du Clos des fées d’Hervé Bizeul (avec une préférence personnelle pour « Clos des Fées » devant « la petite sibérie » et « Clos des fées, vieille vigne ») ou de ceux du domaine Calvet-Thunevin, en vin muté ou non. Le plus notable dans cette dégustation est que l’ensemble des vins était déjà agréable et qu’ils pouvaient presque tous faire honneur à une table, probablement du fait de fermentations malolactiques réalisées en barriques.
En soirée, direction le quartier historique des Chartrons et
la Galerie Tatry
, où se tient depuis 18 h la dégustation des Bordeaux Supérieurs organisée par le dynamique Syndicat des Bordeaux et Bordeaux Sup, en préambule à trois jours de dégustation non-stop dans les locaux du Syndicat à Beychac et Caillau. Nous y retrouvons une organisation impeccable et une affluence digne du métro parisien aux heures de pointe. Nous prenons position derrière la barrique dédiée à la dégustation des échantillons de Malromé. Pour l’occasion, nous avions habillées les bouteilles d’un projet d’étiquette originale, toute en longueur, à partir d’un portrait de Toulouse-Lautrec réalisé par un jeune grapheur, avec pour seule mention « Château Malromé, Primeurs 2005 ». L’effet recherché s’est produit car nombre de dégustateurs ont stoppé leur déambulation pour gagner notre stand et découvrir le renouveau du Château Malromé.
Par Charles Traonouëz
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