Je parcours quotidiennement avec délectation le blog d’Hervé Bizeul. Dans la chronique de ce jour, Hervé s’étonne de ne relever dans les blogs
de ces confrères vignerons que des propos d’une étonnante sérénité qui contraste singulièrement avec sa propre expérience au Clos des Fées. Visait-il ce blog en particulier ?
Quoi qu’il en soit, et malgré que la mise en route du « Tribaie » et que la qualité de notre vendange m’aient rempli d’allégresse, je
dois vous faire découvrir une autre facette des vendanges, assez éloignée de toute dimension bucolique.
Et oui, comme l’exprime Hervé, les vendanges c’est un mélange d’ambiances oscillant entre « vestiaire du stade de France en pleine coupe du
monde » et « jour le plus long ». Les vendanges c’est finalement une gigantesque bataille dans cette grande guerre du vin.
On a beau échafauder des plans, réviser le matériel avant le jour « J », il y aura toujours cette somme d’aléas qui fera que cette
belle organisation théorique manque à tout instant de dégénérer en capharnaüm voire en drame. Rien que sur ces deux derniers jours, nous avons subi d’innombrables pannes affectant tour à tour
chaque élément du matériel ; neuf de préférence (le conquet vibrant qui refuse subitement de vibrer, le tribaie qui ne trie plus, le tapis élévateur qui ne répond à aucune
injonction…).
Il faut également gérer les susceptibilités et le stress de chacun : maître de chai excédé par la maladresse ou la lenteur de certains,
conducteur de la machine qui trouve que la réception de vendanges traîne, équipes de maintenance débordées…
Il faut maîtriser l’ensemble des flux, depuis le flot de vendange qui doit être triée le plus rapidement possible pour éviter tout échauffement ou oxydation jusqu’au produits œnologiques qu’il
faut commander en quantité suffisante pour éviter toute rupture mais sans générer le moindre reliquat.
Face à l’imprévu, aux dégradations climatiques subites, il faut savoir prendre des décisions cruciales en un temps record, abandonnant l’échelon
stratégique pour celui de la tactique. Comme une équipe de rugby, il faut savoir s’appuyer les uns sur les autres et se faire pleinement confiance.
Ajoutons qu’un chai en pleines vendanges c’est 6 ou 7 personnes qui s’activent dans tous les sens, un balai de chariot élévateur et de cuvons,
des tuyaux qui traversent le chai dans tous les sens empêchant la circulation dudit chariot élévateur, des fils électriques étendus également partout, des prises électriques en quantité
insuffisante pour permettre le raccordement de tous les appareils obligeant à tendre de nouveaux fils électriques depuis l’autre extrémité du cuvier, au moins un vendeur de produits
phytosanitaires qui débarque pour parler de la pluie et du beau temps, des passerelles en cours d’achèvement.
Comble de la détresse, j’ai souvenir d’avoir balayé, l’année dernière, 300 mètres d’une route départementale couverte de raisins, après que le système hydraulique d’un tracteur de prêt ait
déclenché l’ouverture impromptue d’une benne ramenant la vendange au chai.
C’est cela aussi les vendanges, ces souvenirs qui marquent pour nous chaque récolte et donnent une saveur particulière à chacun de nos
millésimes.