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Carnet de Bord(eaux) par Charles Traonouëz
| Mai 2013 | ||||||||||
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Cela fait longtemps que les vignes du Château de Malromé n’ont pas vu de désherbant et cela s’observe. Je suis toujours un peu inquiet de la réaction de nos visiteurs face aux vignes plus qu’enherbées. Même un œnologue m’en a récemment fait le reproche. Et pourtant, nous préférons une parcelle de vigne en liberté plutôt que la paix des cimetières obtenues au moyen du Roundup et d’anti-germinatifs.
D’ailleurs, l’enherbement est un gage de qualité, et ce parce que l’herbe va faire concurrence aux pieds de vigne, forçant ses derniers à s’enfoncer plus profondément dans les sols pour puiser leur alimentation. Nous nous servons de l’herbe comme d’un régulateur de la vigueur de la vigne, en travaillant les sols ou en tondant en période de sècheresse, et à contrario en pratiquant un enherbement libre pour modérer l’énergie de la vigne dans les périodes fraiches ou humides.
En cette veille de vendanges, l’herbe offre en outre l’avantage de limiter les conséquences des pluies, puisqu’elle absorbe une partie de l’eau qui sinon remonterait par capillarité dans les raisins, au risque de les diluer ou pire de les faire éclater.
Ceci est essentiel, attendu que nous ne pratiquons pas de traitement anti-botrytis. A contrario, je ne comprends pas que certains voisins continuent de tondre leurs vignes à quelques jours des vendanges, cette activité générant une intense poussière qui se dépose ensuite sur les raisins prêts à être encuvés.
Le paradoxe de ceci est que nous avons reçu les félicitations de la Chambre d’Agriculture, qui voit en Malromé une exploitation exemplaire en matière de réduction drastique des produits phytosanitaires et de gestion de l’enherbement. En effet, si on peut à postériori critiquer les choix techniques productivistes de la Chambre d’Agriculture d’il y a trente ans (mais les objectifs étaient-ils les mêmes qu’aujourd’hui, alors que la France sortait épuisée et traumatisée par les Pénuries de l’occupation), aujourd’hui ses conseillers sont jeunes, orientés sur la qualité mais également avec un socle de connaissances en gestion, et très ouverts sur les modes de production biologiques.
Aujourd’hui, ces conseillers, comme Joël Ortiz, Jean-Baptiste Mérignac ou Cédric Elia pour ne parler que de notre secteur, n’hésitent pas à préconiser aux viticulteurs une certaine acceptation du Mildiou mosaïque, afin de limiter le nombre de traitements dans le vignoble, et encouragent au maximum l’utilisation de produits biologiques même à leurs clients conventionnels.
Signe de l’évolution d’au moins une partie du vignoble bordelais, un nombre faible de traitements serait désormais un motif de fierté entre viticulteurs alors qu’il y a seulement quelques années, le bon vigneron s’appréciait à ses rendements pléthoriques.
Sinon, au vignoble les vendanges de blancs sont terminées, à l'exception d'une parcelle que nous dédions à la production
d'un vin liquoreux. Les vendanges de rouge pourraient commencer vendredi ou lundi.