Je m’interroge parfois pour savoir si je dois ou non regretter mon ancien mode de vie parisien. Paris est une
ville magnifique, une ville musée mais surtout une ville vivante. On dit des parisiens qu’ils courent en permanence, or c’est justement cette effervescence productive que j’apprécie. C’est bien
simple, si on devait me punir on ne pourrait trouver mieux que de m’envoyer 15 jours à paresser sur une île avec ses palmiers de carte postale.
J’aime déambuler dans les rues de Paris où se mêlent touristes et cadres cravatés savourant un café en terrasse avant un briefing stratégique, atmosphère qui me rappelle mes six années
passées chez Deloitte et Pricewaterhousecoopers Corporate Finance. Pour autant, les amis parisiens dont je suis resté proche ne profitent pas eux-même véritablement de la capitale car, en dépit de
leurs confortables salaires, la vie familiale et le besoin d’espace vital les poussent à s’éloigner en lointaine Banlieue.
C’est pourquoi je me dis que j’ai beaucoup de chance d’habiter Bordeaux, qui outre son prochain statut de champion de France de football (séquence pronostic), est une ville à l’architecture
magnifique, une ville dotée d’un tramway véritablement efficace qui permet de déplacer dans toute la ville et les communes périphériques, une ville proche des plages, une porte sur la pays basque
et l’Espagne.
Par son dynamisme et ses façades de style Grabriel, Bordeaux est un mini-Paris. Par son ouverture à la mer, son dynamisme artistique, ses pôles d’excellence dans la chimie et l’aéronautique,
Bordeaux est à mon sens le Los Angeles français.
Mais il suffit de quelques minutes pour quitter Bordeaux et découvrir des paysages vallonnés et verdoyants où naturellement la vigne occupe une bonne place. Il y a quelques jours je devais me
rendre de Malromé à Libourne pour remettre des documents à notre expert-comptable, Emmanuel Querre. J’optai pour la route passant par les communes de Saint-Germain de Graves et Branne.
Ce qui frappa mon esprit ce sont les odeurs. En fait, la différence majeure entre le monde urbain et la campagne ce sont les odeurs. En ville, les odeurs sont souvent des agressions olfactives
liées à des déjections de canidés ou des effluves de pots d’échappement. Du coup, notre nez et notre cerveau se ferment, se désensibilisent, limitent leur réceptivité.
Or vendredi, dans l’Entre-deux-mers, ce qui m’a frappé tout en roulant fenêtre ouverte c’est qu’il m’était possible de deviner les activités humaines alentours sans les voir, rien qu’en me servant
d’un sonar nasal.
Ainsi telle odeur d’argile me laissait suggérer qu’une charrue était en train d’ouvrir les sols dans une parcelle voisine de la route, telle odeur d’herbe fraîchement coupée révélait une tonte
proche, telle odeur évoquait qu’un riverain avait récemment traité ses vignes. Il en va parfois de même pour certaines sonorités qui, bien qu’elles ne soient pas toutes harmonieuses et propices à
la quiétude, évoquent dans mon esprit le rythme des saisons, comme par exemple le bruit d’une machine à vendanger en septembre ou d’un pulvérisateur signe d’une vigne renaissante après la petite
mort de l’hiver.