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Réflexions sur la viticulture

Mercredi 27 janvier 3 27 /01 /Jan 12:13

Crise viticole ou pas, nous assistons dans le vignoble girondin à un déferlement d’investisseurs étrangers, lesquels, après avoir particulièrement réussi dans les affaires, souhaitent acquérir ce qui leur manque le plus, à savoir une respectabilité à l’européenne, une reconnaissance culturelle, une forme de noblesse liée à « l’aristocratie du bouchon ».

 

Mes activités et mes amitiés avec certains banquiers d’affaires ou intermédiaires fonciers m’ont confronté à ce phénomène qui semble avoir pris de l’ampleur sur les derniers mois en raison de la forte croissance de la consommation de vin en Chine. Loin de penser qu’il s’agit d’une invasion, je reste convaincu que cet engouement mondial est au contraire une chance pour nos vieux terroirs, qui bénéficient ainsi d’apports de capitaux importants permettant une évolution technique de l’outil de travail (lequel soit dit en passant accuse même un certain retard face aux chais ibériques, australiens, sud-africains, californiens, etc.) et se voient offrir ainsi une ouverture à de nouveaux marchés. En cela, les délégations chinoises ne font que reprendre la suite des investisseurs japonais des années 80-90 voire des commerçants hanséatiques, hollandais et britanniques au XVIIème et XVIIIème siècle ou encore des colons romains contemporains d’Ausone. Bordeaux a toujours été une terre d’accueil pour les aventuriers et amoureux de la vigne.

 

Ce que je déplore en revanche, c’est le manque de sérieux de nombreux candidats à l’acquisition déclarés. Je pensais qu’un riche homme d’affaires, malgré ses millions, restait un homme comme vous et moi sur au moins un point : il peut tout acheter sauf du temps. Le temps est par conséquent la ressource périssable la plus précieuse qui soit. Et pourtant, dès qu’il est question de vin, l’investisseur à une propension à se muer en touriste près à faire la tournée des grands Ducs,  à vivre l’espace d’une journée son rêve de châtelain tant qu’on ne lui demande pas de mettre la main au portefeuille.  

 

 Récemment un ami agent immobilier me disait avoir reçu des clients en extrême urgence, arrivés un dimanche à l’aéroport de Mérignac après l’avoir prévenu de leur arrivée juste avant l’embarquement depuis Paris. Ses contacts qui ont repris l’avion le soir même ne lui donnent plus signe de vie depuis plusieurs semaines. Et les exemples comme celui-ci sont légions. Par ailleurs, la faible préparation préalable de ces investisseurs est surprenante, comme s’ils découvraient les réalités du monde du vin et ses contraintes économiques. En l’espèce,  certains intermédiaires, qui se sont improvisés « vendeur de propriétés viticoles » après avoir sévi dans le pavillon de banlieue ou la villa sur le bassin, ont leur part de responsabilité en acceptant de servir uniquement « d’ouvreurs de portes ». Il en sera ainsi tant qu’ils continueront à promener les investisseurs dans le vignoble au lieu d’évoquer préalablement les sujets qui fâchent : analyse détaillée des comptes et de la politique commerciale, état du vignoble et liste des investissements à prévoir, revue des contrats de travail, etc.   

 

Pourquoi ai-je choisi d’écrire ce billet ? Tout simplement pour éviter certaines déconvenues à des investisseurs potentiels, qu’ils soient étrangers ou français. Je reste convaincu que le vignoble bordelais est un investissement d’avenir compte tenu de la croissance mondiale des ventes de vin qui devrait compenser largement la diminution de la consommation nationale, à condition que Bordeaux conserve son statut de référence mondiale.

Mais, encore ce matin, j’ai reçu un email transmis par le Syndicat d’appellation des Côtes de Bordeaux Saint-Macaire, qui relayait le courrier électronique d’un investisseur du Var souhaitant acquérir des parcelles de vignes à Bordeaux. Cet homme avait envoyé aux 57 Syndicats d’AOC et aux différents organismes interprofessionnels sa requête, en demandant de faire suivre aux membres des susdites organisations, soit à la bagatelle de 6000 exploitations viticoles. Sachant que l’investisseur précisait ne pas avoir d’idée à ce stade, ni sur le  terroir recherché, ni sur le prix à l’hectare, ni sur les surfaces à exploiter, on ne peut que rester dubitatif face à un tel message.

Si d’aventure, il ne s’agissait pas d’une plaisanterie ce qui serait pourtant préférable, je conseillerais sérieusement alors à l’investisseur à se rapprocher d’un expert-comptable et d’étudier en premier lieu sur le papier la faisabilité de son projet (voir pour Bordeaux l’excellent Emmanuel Querre, qui est par ailleurs viticulteur, avec son épouse Gaëtane, ou le cabinet BSF qui est l’un des spécialistes du secteur). Aux myriades de personnes souhaitant se reconvertir dans la viticulture au terme d’une carrière professionnelle épanouie, je tiens à préciser que jamais la viticulture n'a ncessité autant de capitaux pour développer et administrer un domaine viticole sur Bordeaux, sauf à s’astreindre à une vie de galérien et ainsi réaliser soi-même tous les travaux viticoles à pied tout en consacrant les week-ends aux salons et foires pour assurer d’indispensables ventes directes.

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Jeudi 21 janvier 4 21 /01 /Jan 11:03

Aujourd’hui, j’ai reçu la plainte par email d’un client furieux d’avoir reçu ses bouteilles avec un délai de près de 10 jours après avoir passé commande, alors qu’il comptait servir une de nos cuvées pour un repas de famille. Malheureusement, le courrier qui m’a été adressé faisait référence à une relative « morgue » des propriétés viticoles bordelaises et évoquait la commande passée comme étant la toute dernière, nonobstant la qualité de nos vins.

Si l’auteur de ces phrases avait formulé sa doléance autrement, peut-être aurais-je dédommagé le plaignant d’un carton gracieusement offert, afin qu’il le boive à notre santé ?

 

Ce comportement, qui tend à se multiplier et qui est le reflet d’une époque où le consumérisme et le court-termisme priment, ne cesse de me surprendre. En effet, en matière de vin, les consommateurs sont heureusement généralement réfractaires à toute standardisation, préférant le petit cru produit artisanalement et amoureusement par un vigneron prodiguant lui-même des soins attentifs à sa production depuis la taille jusqu’à la mise en bouteille. Peut-on demander à ce même vigneron d’avoir la même réactivité en matière logistique que la Redoute ?

 

Je ne pense pas, même si au Château de Malromé nous faisons tout pour disposer d’une plateforme logistique de premier ordre.Bien que soucieux de réactivité, nous sommes souvent contraints de regrouper les commandes sur plusieurs jours, afin d’optimiser les coûts de logistique et de transport qui, rappelons le, s’élèvent souvent pour la France métropolitaine à près d’un euro par bouteille.

 

Ajoutons surtout que les livraisons de dernière minute dans l’optique d’une dégustation programmée sont contraires aux bonnes pratiques œnologiques, car tous les vins vivent le transport comme un traumatisme, et plusieurs semaines de caves sont nécessaires pour une dégustation optimale.

 

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Mercredi 6 janvier 3 06 /01 /Jan 12:43
Le second semestre 2009 ne m'avait pas laissé le temps d'alimenter ce blog. J'ai ainsi manqué l'occasion de vous faire part de la visite au Château de Michel Cardoze, le fameux ami du poête espagnol Ramon Gomez de la Serna, aborant son éternelle moustache argentée qui l'accompagnait déjà quand, il y a près de vingt ans, il faisait la pluie ou le beau temps sur la première chaine. Depuis Michel a eu l'opporunité d'animer pendant plusieurs années une émission consacrée au grand Sud, sur Télé Monté-Carlo. Mais depuis Vinexpo, il est devenu le visage de l'émission mensuelle "La vie de Château", diffusée sur la chaine bordelaise TV7. Son passage à Malromé courant novembre a donné lieu à la diffusion d'une émission de 13 minute dédiée au Château de Malromé.

Je suis également passé à côté de l'occasion de vous faire part de la reconnaissance croissante dont font l'objet nos vins. Pour ne citer que les cavistes en ligne, notre Château Malromé 2005 a été la meilleure vente du site de référence 1855.com de septembre à novembre. Le site de vente privée haut de gamme "1 jour 1 vin"  (www.1jour1vin.com) a commercialisé à plusieurs reprise sur internet en exclusivité le Château Malromé 2006, ainsi que plusieurs autres références de notre gamme, avec un succès jamais démenti.

J'aurais pu également vous faire part de la crise qui touche le secteur viticole, depuis le désengagement de l'américain Diageo qui était jusqu'alors le premier importateur mondial de vins de Bordeaux, en passant par les réunions de viticulteurs houleuses. J'aurais aimé évoquer le courage de ceux qui sont actuellement à la barre de nos organismes interprofessionnels, de Bernard Farges (Président du Syndicat des Bordeaux) à Alain Vironneau (président du CIVB) en passant Christophe Château (reponsable de la communication interne du CIVB), à l'heure où nombre de viticulteurs cherchent des boucs émissaires à leur détresse parmi leurs représentants ou parmi le négoce bordelais au lieu de chercher des débouchés et d'opérer une remise en cause de leurs méthodes de travail. J'aurais aimer apporter un éclairage sur la situation de ces jeunes vitculteurs trentenaires qui ont décidé de ne pas faire l'année de trop et de leurs voisins septuagénaires qui repartent fatalistes pour une nouvelle campagne faute de trouver de successeurs. J'aurais surtout enfin pu vous compter ces merveilleuses vendanges 2009, avec l'accouchement de l'un des plus grands millésimes de Bordeaux.

J'espère que 2010 me permettra de trouver le temps de vous parler d'espoir, car je suis intimement convaincu que la production bordelaise à un grand avenir devant elle.

Très bonne année 2010.

Charles Traonouëz
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Mercredi 1 juillet 3 01 /07 /Juil 20:31
Alors que la filière vin doute du soutien des autorités françaises envers les vignerons, l’Elysée n’aurait pas hésité à assumer un incident diplomatique pour défendre notre art de vivre et la production nationale. Voila qui méritait un petit écho sur ce blog quelques jours à peine après que Bruxelles ait renoncé à autoriser la production de vin rosé par coupage sous la pression des viticulteurs :

En mai dernier, le Président Sarkozy a accueilli le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, avec un déjeuner prévu à l’Elysée. Lorsque le chef du gouvernement irakien aurait constaté que du vin allait être servi à table, celui-ci aurait exigé le retrait de cette boisson interdite par sa religion. Les autorités françaises s’y seraient opposées et auraient finalement choisi d’annuler le déjeuner prévu.
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Vendredi 22 mai 5 22 /05 /Mai 14:27
Dans journal le Monde de ce jour est paru un article sur la progression de l’Oïdium dans les vignobles septentrionaux. L’Oïdium est un champignon qui contrairement au Mildiou (qui s’attaque aux feuilles et aux grappes) ne cause pas de perte de récolte mais occasionne des déviations organoleptiques au vin (sécheresse en bouche, arômes herbacés…). Le Mildiou est la conséquence des pluies alors que l’Oïdium résulte quant à lui de la sécheresse. La montée vers le Nord de l’Oïdium serait donc l’un des effets du réchauffement climatique.

Il y a quelques jours, j’ai organisé une soirée-dégustation pour les vignerons adeptes du réseau social « Facebook ». Le Club des Vignerons Bordelais de Facebook compte 74 membres et quelques très grands noms de la viticulture y sont représentés, ainsi que les valeurs montantes. Nous n’étions que 62 dans ce club, il y a deux semaines et pour la manifestation que j’ai organisé une douzaine ont répondu présent, dont le californien et néo-bordelais Stephen Bolger à l’origine du projet « Crushpad ».

Lors de cette soirée, j’ai particulièrement apprécié le pragmatisme et le savoir de Fabrice Dubourdieu, fils de l’éminent Professeur. Pragmatisme car si son père est la référence mondiale pour les vins blancs, il n’en demeure pas moins que les Dubourdieu connaissent très bien leur terroir et sont conscients des limites économiques et techniques auxquels sont confrontés les vignerons « lambdas », ce qui est tout à leur honneur.

Quel est le lien avec l’oïdium me direz-vous ? Et bien, nous débattions de l’avenir bio ou conventionnel ? Bien que personnellement attaché au bio, j’ai écouté Fabrice rappeler que les maladies du vignoble ne sont apparues qu’au milieu du XIXème siècle, leur propagation résultant des échanges maritimes transatlantiques, et expliquer que l’avenir n’était pas dans le bio, lequel polluerait les sols en les chargeant de métaux lourds (le seul traitement possible étant à base de cuivre), mais dans les progrès de la science afin que la génétique arrive à identifier des plants de vignes résistant aux maladies. Il est vrai que dans ce domaine, la viticulture a toujours pratiqué la sélection, qu’elle soit massale ou clonale, et modulé le végétal par la création d’hybrides pour, selon l’époques, améliorer les rendements ou au contraire privilégier la qualité.

Cette opinion peut passer pour « politiquement incorrecte », mais je pense que si l’on est un véritable amoureux de la nature et que l’on souhaite être réduire la consommation de matières fossiles comme le pétrole, il faut accepter le débat et n’exclure aucune solution au contraire de certains ayatollahs ou « terroiristes » qui s’enferment dans leurs certitudes.
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Vendredi 1 mai 5 01 /05 /Mai 12:10
Le monde viticole n'avait guère besoin de mauvaise nouvelle. Les négociants, confrontés à un marché apathique, sont dans l'attente de la prochaine édition de Vinexpo, le pélerinage annuel du monde viti-vinicole (l'édition bordelaise n'étant que bisannuelle).

Malheureusement, l'actualité liée au virus A H1N1 nous oblige à nourrir de nombreuses craintes. En effet qu'adviendrait-il s'il s'avérait que la france soit affectée par une pandémie grippale ? Au cas où les réunions ne seraient pas interdite sur le sol français, pourrait-on compter sur la présence de la clientèle américaine ou asiatique ?
Autant de questions dont les réponses peuvent décider de la vie ou de la mort d'une part importante de la filière vin, mais qui sont il est vrai bien dérisoires au regard de la tragédie humaine qui se joue actuellement.
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Vendredi 27 mars 5 27 /03 /Mars 15:10
La grande semaine des primeurs 2008 débutera lundi, bien que différentes dégustations aient été organisées pour permettre aux courtiers et négociants de la place de Bordeaux d’avoir une première vision du millésime.

D’ailleurs, nos vins rouges, blancs et rosés pourront être dégustés lors de la manifestation organisée par le Syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs, qui se déroulera dans les chais de Millésima, lundi 30 mars à partir de 18h30.

 J’essayerai dans la semaine de participer à différentes dégustations, comme celle organisée par Jean-Luc Thunevin au Château la Dominique. Je pense d’ailleurs débuter cette semaine dès dimanche en me rendant au Bar à Vins du CIVB, où sera présenté le premier millésime de la nouvelle AOC Côtes de Bordeaux, à l’invitation d’Emmanuel et Gaëtane Querre, propriétaires du Château d’Aiguilhe-Querre. Ce sera l’occasion pour moi de faire des découvertes et d’apporter ma pierre, infime mais j’espère symbolique, au succès de ce qui est pour moi l’une des 10 meilleurs idées de la décennie pour la viticulture bordelaise.

En effet, faisant fi de querelles de clochers, quatre appellations comportant le mot « Côtes » dans leur dénomination ont choisi de se rapprocher puis de fusionner pour créer une entité « Côtes de Bordeaux ». Le fait d’avancer sous une même bannière permettra à ces terroirs qui manquaient un peu de visibilité d’être plus clairement identifiés par le consommateur.
La force du projet « Côtes de Bordeaux », c’est que les terroirs ne sont pas gommés, car le vigneron aura toujours la possibilité de faire figurer sous le nom de l’AOC le nom du village, comme par exemple : Côtes de Bordeaux Castillon

Je suis persuadé que le succès sera au rendez-vous car cette nouvelle appellation compte déjà de grands noms comme le Domaine de L’A (propriété de Stéphane Derenoncourt), le Château Reynon (propriété du Professeur Denis Dubourdieux), le Château d’Aiguilhe (Comte Stephan Von Neipperg), le Château de Sainte-Colombe (Gérard Perse), le Château de Franc (Hubert de Boüard), le Château Carignan et sa cuvée Prima,  etc.

A contrario, je me fais du souci pour l’AOC Côtes de Bourg, qui s’est retirée du projet, estimant mieux valoriser ses vins seule. Nous en reparlerons et les comparaisons seront à mon avis intéressantes.

Malromé pourrait revendiquer la nouvelle appellation, mais nous ne disposons que de deux hectares sur les anciennes « Premières Côtes de Bordeaux » (aujourd’hui « Côtes de Bordeaux – Cadillac ») et, pour être franc, il ne s’agit pas des meilleures parcelles. Néanmoins, je ne désespère pas qu’un jour le groupe des Côtes compte un membre supplémentaire avec la zone de Saint-Macaire ; l’ambition d’intégrer l’AOC Côtes de Bordeaux me semblant plus pertinente que d’essayer de créer une énième appellation en rouge sous la bannière des vins de Saint-Macaire.

Pour finir sur Malromé, je voudrais souligner la belle opération commerciale conduite ce week-end par «1jour1vin.com », site où sont mis en avant pour le temps du week-end quatre des cinq meilleurs Bordeaux Supérieurs distingués lors des Talents de Bordeaux, dont notre Cuvée Comtesse Adèle 2006. Le cinquième, Lamothe Vincent, n’est absent qu’en raison de son succès commercial, toute la cuvée ayant été vendue. Une belle reconnaissance de la part d’1jour1vin.com pour une appellation mésestimée mais qui offrent parmi les meilleurs rapports qualité-prix de Bordeaux !
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Jeudi 26 mars 4 26 /03 /Mars 09:33
Hier j’ai effectué un aller-retour en urgence depuis Malromé vers le bureau des douanes de Langon pour faire tamponner d’un document permettant l’expédition de 2 400 bouteilles vers l’Angleterre, suite à l’arrivée impromptue d’un transporteur routier alors que je restais dans l’attente d’une confirmation de date et d’horaire de la part de ce dernier.

Une information capitale me manquait pour l’établissement dudit document, mais le préposé des douanes m’a aimablement répondu que normalement il devrait ne pas valider le document mais que, compte tenu du contexte économique, il fallait que les douanes fassent preuve de souplesse pour éviter que la machine économique ne se grippe. Il s’agit d’une belle leçon de pragmatisme qui démontre que les douanes ne sont pas l’institution déshumanisée que l’on croit.

Sans doute les douaniers qui sillonnent le vignoble pour contrôler les chais et les parcelles de vignes sont-ils les personnes les plus exposées à la détresse de certains vignerons ?
Ou alors, en Gironde, se serait-il instaurée depuis plusieurs jours une mode qui « consiste à fendre l’armure » dans le sillage du premier magistrat de la ville de Bordeaux ?
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Mardi 24 mars 2 24 /03 /Mars 09:26

A mon grand regret, Malromé ne participera pas au concours organisé par le syndicat des Bordeaux & Bordeaux Supérieur, les Top vins « fraîcheur ». Nous pouvions concourir pour notre rosé 2008 mais j’ai été rebuté par le nombre d’échantillons requis pour ce concours (6 bouteilles) alors que notre cuve risque se trouver en vidange. C’est dommage mais je ne préfère prendre aucun risque, la mise en bouteille de ce rosé étant prévue pour la mi-avril.

 

Concernant les blancs secs, c’est le syndicat qui a choisi d’exclure les vins blancs élevés en barriques, au motif que ces vins ne seraient pas représentatifs des Bordeaux blancs. Or notre vin blanc 2008 est entièrement élevé et même fermenté en barriques neuves.

 

L’argument sndical ne m’a pas convaincu et ce d’autant que l’appellation a la chance de compter des vins blancs tels que Caillou Blanc du Château Talbot ou Aile d’Argent du Château Mouton-Rothschild pour la Rive gauche et Monbousquet ou Valandraud Blanc pour la Rive droite, ces porte-drapeaux faisant tous appel à la barrique. Si l’on veut limiter l’appellation Bordeaux Blanc sec aux vins blancs non boisés, alors pourquoi ne pas la fusionner avec l’AOC Entre-Deux-Mers puisque gustativement le profil est très semblable et la zone de production presque identique ?

 

Maintenant, là où je comprends le Syndicat c’est qu’il faut mettre en avant ces Bordeaux Blancs fruités, plein de fraîcheur et si accessibles, qui souffrent d’un défaut d’image sur le marché hexagonal. J’ai d’ailleurs fait mes emplettes au syndicat, puisque « Planète Bordeaux » comporte, outre une exposition destinée à la découverte du vignoble bordelais, une cave regroupant selon sa dénomination « 1001 châteaux ». Pour nous étalonner par rapport aux autres vignerons, j’aime assez faire des dégustations comparatives, même si le profil gustatif est très différent du fait d’un encépagement original presque essentiellement composé de Sémillon

 

Mon coups de cœur : Le blanc Sauvignon blanc-Sauvignon gris du Château Pierrail.

 

A le sauvignon gris, quel cépage ! D’ailleurs, après avoir planté 2 hectares de Sauvignon blanc à Malromé, nous devrions y introduire le Sauvignon gris qui enchante le nez et apporte sa couleur si particulière à la robe du vin.

 

Quant au sauvignon blanc, les bordelais font un complexe par rapport aux sauvignons produits dans la région de Sancerre. Certes, le Sauvignon blanc a trouvé à Sancerre un terroir unique au monde ou le cépage y puise minéralité mais aussi y démontre une capacité de garde étonnante, mais avec ce cépage Bordeaux sait aussi produire des vins pleins de charmes et à des prix extrêmement raisonnables entre 4 et 6 euros ; prix qui sont loin de ceux pratiqués en Loire ou en Bourgogne.

 

Alors que les vins blancs de Bordeaux, qu’ils soient secs ou liquoreux, représentaient la majorité de la production il y a un siècle, aujourd’hui la part de la production en blanc est singulièrement restreinte, le vin rouge offrant jusqu’à récemment de meilleurs débouchés 1. De sorte, que ne subsistent à Bordeaux pour le blanc que des producteurs passionnés et attentifs.

 

1 Actuellement, du fait des rendements extrêmement faibles du millésime 2008 et d'une production structurellement diminuée, Le tonneau de 900 litres de Bordeaux Blanc vaut près de 1 100 euros quand un tonneau de Bordeaux rouge oscille entre 900 et 1000 euros. Du fait d'un engouement sans cesse croissant pour le rosé, le prix du rosé de Bordeaux est équivalent à celui du blanc.

 


Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Dimanche 22 mars 7 22 /03 /Mars 15:19

Une nouvelle ère s’est ouverte dans la viticulture bordelaise. Nous venons de prendre en fermage des parcelles de vignes à titre gracieux. Aucun loyer ne sera payé pour l’exploitation des vignes, mais en contrepartie nous entretenons le bien du bailleur et évitons que ses terres ne se transforment en foyer de maladies et ainsi contaminent les parcelles voisines. C’est la seconde fois qu’un tel marché nous est proposé ; la première il s’agissait de vignes situées en bas fond pour lesquelles nous n’avions aucune possibilité de produire un grand vin et pour lesquelles nous n’avons pas donné suite. Celles-là en revanche sont qualitatives, car encore situées à mi-pente sur le coteau et plantées en densité correcte de 5000 pieds par hectare. Il semble que ce type de mise à disposition gracieuse ne soit plus isolé, signe d’une crise viticole sans précédent.

 

Le pire est encore à venir car s’il existe près de 6 000 exploitations viticoles sur la Gironde, je suis prêt à parier qu’au moins 25 % des châteaux vont disparaître dans les 10 années à venir, avec une année 2009 véritablement charnière, suite à un millésime où il manque pas mois de 20 % de récolte alors que les prix sont au contraire orientés à la baisse. Il suffit de lire les Echos judiciaires girondins pour constater que chaque semaine des domaines viticoles sont placés en redressement ou en liquidation judiciaire. C’est tout un modèle de viticulture qui va disparaître, basé sur une galaxie de châteaux anonymes.


Ne subisteront à Bordeaux dans la prochaine décennie que les domaines qui exploitent une marque véritablement forte et qui maîtrisent leur distribution. La marque ce sera soit une appellation « locomotive » comme Saint-Emilion, Pomerol, Margaux ou Pessac-Léognan, soit un nom de château doté d’une vraie image et reconnu par la place de Bordeaux comme le sont aujourd’hui les Châteaux Carignan et sa fameuse Orangerie, Thieuley ou encore Plain-Point et vraisemblablement Malromé.

D’autres domaines travaillant sur des surfaces plus ramassées mais un sens de  la haute couture viticole, s’inspirant largement des techniques des « vins de garage », conseillés par les Michel Derenoncourt ou Stéphane Rolland d’aujourd’hui et de demain, tireront très vraisemblablement également leur épingle du jeu, à l’image d’un Pin Beausoleil ou d’un L’Isle Fort.

Certains domaines leaders ont la chance de cumuler la marque d’une AOC de premier plan et de bénéficier d’une reconnaissance au moins centenaire de la propriété, ce sont les fameux 100 domaines qui dominent la place de Bordeaux. Ceux là devraient diversifier leur marque, la décliner en « produits dérivés » et réussir dans le concept de vin de marque ou d’assemblage là où le négoce bordelais n’a jamais réussi à s’imposer contrairement aux maisons de négoce champenoises ou bourguignonnes. C’est déjà le cas de crus classés médocains qui accolent une partie de leur nom ou un élément graphique évoquant leur propriété sur des bordeaux génériques produits à partir de raisins sélectionnés mais non issus du domaine.

Dans tous les cas, il sera impératif que chaque domaine maîtrise la mise sur le marché de sa production, et dispose pour cela d’un véritable service commercial et marketing, quitte à le partager avec d’autres châteaux comme le propose une structure telle que « Vignerons & Associés » (www.terroirsetchateaux.com).

 

On peut déplorer cette mutation qui sonne la fin d’un certain artisanat, mais elle est inévitable et c’est de toute façon la seule voie pour sortir d’une crise apparue vers 2001. Aujourd’hui, très peu de propriétés viticoles sont rentables. Si l’on doit tenir compte du coût du capital, il est certain que produire du vin est un choix déraisonnable et qu’il vaudrait mieux placer son argent à la banque postale. Si l’on tient compte des week-ends entiers passés sur le tracteur ou en salons des vins à animer des dégustations, alors on saisit à quel point le viticulteur indépendant est parfois un forçat de la vigne. Cette situation où les heures travaillées non rémunérées sont innombrables et où il n’existe pas de rentabilité du capital est anormale et ce d’autant que la prise de risque est plus importante que dans n’importe quel autre secteur d’activité. Le risque est présent partout dans la viticulture qu’il soit commercial, qualitatif, météorologique, sanitaires, etc. Or ce supplément de risque devrait être rémunéré pour permettre que se perpétue l’esprit d’entreprise.

 

Hier, j’étais encore frappé par l’attitude de certains mendiants qui pratiquent la manche au carrefour sur la route de Bordeaux à Libourne. Quel rapport me direz-vous ? Et bien, dans le même temps, des hommes et des femmes de tous âges se tuent à la tâche, avec dignité pour tailler, pour tirer les sarments, pour épamprer. Ces tâches se font généralement sous des climats ingrats : pluies, gel, canicule. Ces personnes qui ont généralement le statut de saisonniers, qui sont encore parfois payées à la tâche, au « prix-fait », on ne les entend pas. Parce qu’ils n’ont pas connu de contrat fixe en peut-être 20 années de labeur, parce qu’ils doivent chaque jour gagner leur pain ou de quoi payer l’essence de la voiture pour leur permettre de se rendre sur un nouveau chantier le lendemain, ils ne peuvent pas faire grève et leur travail ne leur permet que de survivre et non de se créer une espérance. Ces autres forçats de la vigne, là aussi, mériteraient que la place de Bordeaux retrouve non pas une opulence passée mais un souffle d’air, afin de vivre plus dignement et de trouver une rémunération à la juste mesure de l’effort.

 

Pourtant, il y a des raisons d’être optimiste. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », comme le disait Nietzche et le chantait Johnny Halliday. Je suis persuadé que ceux qui sauront surmonter la crise découvriront des marges de manœuvre inédites.

 

D’après une étude / cabinet IWSR, la production mondiale de vin devrait continuer de croître de 3,83% d’ici à 2012. Mais dans le même temps, la consommation mondiale de vin va continuer d’augmenter de plus de 6% sur 5 ans, ce qui devrait permettre aux producteurs de bénéficier de prix d’achat acceptables. Ajoutons à cela que, sauf cataclysme, Bordeaux devrait tout de même rester sur la région de production de vin la plus connue et reconnue au monde et que dans le même temps la production bordelaise va se raréfier du fait de l’arrachage progressif des mauvaises parcelles de palus et de l’inévitable pression foncière 1. C’est pourquoi, je pense que le vin est un produit d’avenir, voire que l’investissement dans un domaine viticole pourrait s’avérer un placement de père de famille après avoir longtemps été une danseuse.

 

 

1) Souvenons-nous notamment qu’Alexandre Dumas célébrait les vins de Mérignac ou Villenave d’Ornon comme des grands vins fins français dans son dictionnaire de cuisine, quand aujourd’hui on n’y trouve que des résidences et un aéroport international. De même méditions le fait qu’aucun vignoble n’est éternel s’il ne se remet pas en cause, comme en témoigne le vignoble francilien qui se limite aujourd’hui à près de 17 hectares alors que l’Ile de France était la première région viticole avec 42 000 hectares avant l’invention du chemin de fer.

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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