Mardi 7 juillet 2009

En préambule, à supposer que cet article soit mal interprété,  je tiens à préciser que je suis un des plus fervents partisans de la création de Quali-Bordeaux, cet organisme de contrôle en charge désormais des procédures d'agréments pour la région bordelaise.

Pour les non -initiés, auparavant le système était relativement laxiste et chaque viticulteur pouvait revendiquer pour sa production l'appellation Bordeaux, ou une AOC prétendument "hiérarchiquement supérieure", à la condition qu’elle satisfasse à un test de dégustation. Autrement dit, si les échantillons prélevés dans vos chais étaient jugés convenables par un jury, alors vous aviez les coudées franches pour la commercialisation de ce vin. Ce système présentait des défauts comme la subjectivité des dégustateurs ou leur frilosité pour sanctionner des vins (les dégustateurs étant pour partie des vignerons, certains ne voulaient pas prendre le risque de voir leur propre vin ou celui d’un ami déclassé en "vin de table"). Par ailleurs, ce système basé sur un contrôle en amont n'apportait qu'une sécurité partielle  pour le consommateur, puisque l'échantillon devait finir son élevage entre l'agrément et la consommation. Entre temps, de nombreuses opérations sur le vin ou une mauvaise conservation pouvait aboutir à une altération importante du produit  ; lequel produit se retrouvait pourtant sur les rayonnages paré de la rassurante AOC.

Donc le système a changé il y a un an et désormais les produits sont contrôlés au plus près de la consommation, au niveau de la sortie du chai ou d'une mise en bouteille. Par ailleurs, les propriétés sont elles-mêmes auditées, analysées, scrutées, afin de déterminer si elles sont aptes à la production de vins en AOC et c'est l'objet  principal de mon propos.

Ainsi, parmi les quelques 6200 exploitations viticoles girondines, Malromé a eu l'insigne privilège de figurer parmi les 120 propriétés auditées depuis la création de Quali-Bordeaux. C'était avant hier. L'expérience a été pour le moins troublante.

 

 Je savais qu'en dépit de gages de qualité, comme en témoigne les récentes distinctions obtenues sur les 12 derniers mois (Coup de Coeur Guide Hachette triplement étoilé, Talent de Bordeaux, médaille d'Or à Bordeaux, etc.), nous n'étions pas exempt de défauts, loin de là.

 

Ce qui est  pour le moins désagréable c'est finalement d'être assimilé à un suspect. Très franchement, j'ai subi deux contrôles fiscaux sur les quatre dernières années et l’atmosphère y était plus chaleureuse et détendue que lors de notre contrôle Quali-Bordeaux. Il a régné pendant toute cette longue journée (9 heures - 19 heures) un climat que ne désavouerait pas Torquemada. Nous avons eu droit à une revue exhaustive de chaque parcelle avec comptage du nombre de pieds manquants et mesure des distances séparant chaque pied, contrôle de la surface de feuillage, revue du carnet de chai, contrôle des vins présents en barriques et en cuves, rapprochement du stock physique avec nos déclarations douanières. Je me suis détendu pendant l'audit en imaginant mes contrôleuses fraîchement sorties d'école, mais très compétentes, expliquant les manquements dans la procédure à un vigneron sexagénaire représentant la sixième génération de vinificateurs.
Clou de la journée, nous nous sommes vu affliger 7 constats d'anomalies donnant lieu à sanctions. La plus amusante est certainement celle relative aux analyses de maturité. Il m'a été reproché de ne pas pouvoir justifier d'analyses des raisins avant vendanges (en fait nous n'avons conservé trace d'analyse de la maturité des raisins que pour les vins de sauvignon blanc). A défaut d'analyses, nous aurions dû consigner dans un cahier les résultats des dégustations de raisins que nous avons réalisées. Là où la situation me semble ubuesque c'est que :

- jusqu'à présent le laxisme le plus total régnait dans les vignes et les chais du bordelais et soudain il faudrait tout contrôler, tout consigner ;
- justifier d'analyse de maturité revient pour le contrôleur à s'assurer que le vigneron n'ait pas vendangé trop tôt. Aussi, un peu de pragmastisme est parfois nécessaire car nos vins font presque tous 14° d'alcool sur le millésime 2008 et je ne pense pas que nous puissions être suspectés de sous-maturité. Par ailleurs, nous avons commencé les vendanges des plus avec près de 3 semaines de recul par rapport à nombre de nos voisins.

En conclusion, je ne critique pas le fait d'être contrôlé puisque c’est le seul moyen de redonner du lustre aux AOC. Je déplore simplement qu'il n'y ait pas eu de graduation et que nous soyons passés pour Bordeaux du laxisme intégral à la sanction directe sans faire étape par une nécessaire phase de pédagogie. Par ailleurs, il faut aussi avoir présent à l'esprit que les contrôles Quali-Bordeaux se cumulent aux contrôles des Droits indirects, du service viticulture des Douanes, des services fiscaux, de la MSA, de l'inspection du travail, de la DGCCRF, et que ce sont autant de journées qui font défaut pour vendre nos vins et pouvoir ainsi lutter dans la grande compétition mondiale face aux vignerons Australiens ou Californiens.


L'enseignement principal de cette journée est qu'il n'y aura désormais plus de place pour un certain artisanat dans la viticulture. Le vin est de plus en plus assimilé par les organismes de régulation et de contrôle à un produit agroalimentaire classique. On peut le déplorer, mais il faudra très vite s'adapter pour rester dans la course sinon les sanctions tomberont. Une profession est en train d'émerger dans le vignoble, c'est celle de directeur qualité / traçabilité.


Pour en rire voici les conséquences sur l’organigramme de la venue de Quali-Bordeaux au Château :


 

 

 

 

 

 

 

Par Charles Traonouëz
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Mercredi 1 juillet 2009
Alors que la filière vin doute du soutien des autorités françaises envers les vignerons, l’Elysée n’aurait pas hésité à assumer un incident diplomatique pour défendre notre art de vivre et la production nationale. Voila qui méritait un petit écho sur ce blog quelques jours à peine après que Bruxelles ait renoncé à autoriser la production de vin rosé par coupage sous la pression des viticulteurs :

En mai dernier, le Président Sarkozy a accueilli le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, avec un déjeuner prévu à l’Elysée. Lorsque le chef du gouvernement irakien aurait constaté que du vin allait être servi à table, celui-ci aurait exigé le retrait de cette boisson interdite par sa religion. Les autorités françaises s’y seraient opposées et auraient finalement choisi d’annuler le déjeuner prévu.
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Vendredi 12 juin 2009
Dans quelques jours débutera la prochaine édition de Vinexpo, le premier salon au monde pour les vins & spiritueux, avec quelques 40 000 visiteurs professionnels attendus.

Amis professionnels du vin, le Château de Malromé vous recevra, de préférence sur rendez-vous, du dimanche 21 au jeudi 22 de 9 heures à 19 heures, pour vous faire découvrir sa production, sur le restaurant "Le Bistro des Bordeaux" (allée du Jardin, Porte 24 hall 1).

Vous pourrez par ailleurs déguster ou discuter de nos vins sur les stands de nos amis négociants, à savoir :

Passion des Terroirs - Lucien Lurton & Fils (stand H1 D 255)– Contact : Rémi MOLIS Thunevin (Stand H 3 X 324)– Contact USA : Xavier SERIN ; Japon : Caroline SHINOHARA Scodex Wines (Stand H1 D 259à– Contact : Marc LE RUYET

Le lundi 22 juin, je m'échapperai de Vinexpo (Christophe Veyssière, notre responsable technique me remplacera) pour participer à la première rencontre des Vignerons Blogueurs, où seront également proposés à la dégustation des vins de Malromé. Voici le communiqué de cette très belle manifestation qui se veut le "off"  de Vinexpo:


Lundi 22 juin 2009
de 11 à 19 heures
au Château Luchey-Halde (Mérignac)
Les vignerons et vigneronnes blogueurs de toute l’Europe passent de l’autre coté de l’écran. Pour la première fois, ils vous invitent à venir déguster leurs vins dans une ambiance conviviale et passionnée.

Dégustation “Vins et Toile”

Ils sont français, italiens, portugais, allemands ou américains, jeunes ou expérimentés, vignerons de “Père en Fils” ou reconvertis. Ils cultivent en biologique ou de manière conventionnelle. Pour la plupart, ils se connaissent uniquement à travers leurs blogs. Et pourtant, ces vignerons se réunissent pour la première fois pour une dégustation “Vins & Toile”.
Unis autour d’une même passion En “off” de Vinexpo, la vingtaine de vignerons blogueurs venus de France, d’Italie et du Portugal se rassemblent pour présenter leur blog et leurs vins, le lundi 22 juin 2009 de 11h à 19h, au château
Luchey-Halde à Mérignac. Professionnels du vin, nous vous donnons rendez-vous pour une rencontre chaleureuse autour des vins et de la toile.

Qui sont les vignerons blogueurs?

Vignerons, ils ont en commun la passion de leur métier et surtout la volonté de le partager. Ils sont réunis autour d’une philosophie: “inviter tous ceux passionnés par le monde du vin à entrer au quotidien dans l’intimité et l’authenticité du métier de vigneron. Les vignerons blogueurs ont choisi une fenêtre ouverte sur le monde pour se rapprocher de ceux qui boivent autant leurs vins que leurs écrits. C’est tout naturellement sur un blog commun qu’ils se présentent tour à tour :http://blogsetvignerons.over-blog.com (plan d’accès sur le blog)

Pour de plus amples informations et pour réserver votre entrée au off:

Emmanuelle Dupéré,
blogsetvignerons@hotmail.fr
** pour réserver envoyer un mail avec votre nom et le nombre de
personnes souhaités**

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Les vins de Malromé
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Vendredi 22 mai 2009
Dans journal le Monde de ce jour est paru un article sur la progression de l’Oïdium dans les vignobles septentrionaux. L’Oïdium est un champignon qui contrairement au Mildiou (qui s’attaque aux feuilles et aux grappes) ne cause pas de perte de récolte mais occasionne des déviations organoleptiques au vin (sécheresse en bouche, arômes herbacés…). Le Mildiou est la conséquence des pluies alors que l’Oïdium résulte quant à lui de la sécheresse. La montée vers le Nord de l’Oïdium serait donc l’un des effets du réchauffement climatique.

Il y a quelques jours, j’ai organisé une soirée-dégustation pour les vignerons adeptes du réseau social « Facebook ». Le Club des Vignerons Bordelais de Facebook compte 74 membres et quelques très grands noms de la viticulture y sont représentés, ainsi que les valeurs montantes. Nous n’étions que 62 dans ce club, il y a deux semaines et pour la manifestation que j’ai organisé une douzaine ont répondu présent, dont le californien et néo-bordelais Stephen Bolger à l’origine du projet « Crushpad ».

Lors de cette soirée, j’ai particulièrement apprécié le pragmatisme et le savoir de Fabrice Dubourdieu, fils de l’éminent Professeur. Pragmatisme car si son père est la référence mondiale pour les vins blancs, il n’en demeure pas moins que les Dubourdieu connaissent très bien leur terroir et sont conscients des limites économiques et techniques auxquels sont confrontés les vignerons « lambdas », ce qui est tout à leur honneur.

Quel est le lien avec l’oïdium me direz-vous ? Et bien, nous débattions de l’avenir bio ou conventionnel ? Bien que personnellement attaché au bio, j’ai écouté Fabrice rappeler que les maladies du vignoble ne sont apparues qu’au milieu du XIXème siècle, leur propagation résultant des échanges maritimes transatlantiques, et expliquer que l’avenir n’était pas dans le bio, lequel polluerait les sols en les chargeant de métaux lourds (le seul traitement possible étant à base de cuivre), mais dans les progrès de la science afin que la génétique arrive à identifier des plants de vignes résistant aux maladies. Il est vrai que dans ce domaine, la viticulture a toujours pratiqué la sélection, qu’elle soit massale ou clonale, et modulé le végétal par la création d’hybrides pour, selon l’époques, améliorer les rendements ou au contraire privilégier la qualité.

Cette opinion peut passer pour « politiquement incorrecte », mais je pense que si l’on est un véritable amoureux de la nature et que l’on souhaite être réduire la consommation de matières fossiles comme le pétrole, il faut accepter le débat et n’exclure aucune solution au contraire de certains ayatollahs ou « terroiristes » qui s’enferment dans leurs certitudes.
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Lundi 18 mai 2009
Ce week-end se déroulait le Concours des Vins de Bordeaux et les vins du Château Malromé se sont à nouveau distingués avec une triplette or-argent-bronze.


Une médaille d'or a été attribuée à la Cuvée Comtesse Adèle 2006 (Bordeaux Supérieur Rouge tête de cuvée), qui avait déjà été identifiée par le Syndicat des Bordeaux et la presse du vin comme l'un des 5 talents de Bordeaux de l'année 2008.  L’an dernier, c’était le Château Malromé 2006 qui avait obtenu la même médaille avant de se voir octroyer un coup de Cœur du Guide Hachette. L’ensemble de notre gamme a donc été superbement distingué en rouge.

Le Château Malromé 2007 a pour sa part obtenu une médaille d'argent dans la catégorie Bordeaux Supérieur rouge.

En blanc sec, nous avions présenté les millésimes 2006 et 2007, le 2008 étant quant à lui toujours en élevage, et c'est la Cuvée l'Ormée 2006 qui a obtenu une médaille de Bronze. Les vins blancs de Malromé sont abonnés à ces médailles de Bronze car les différents jurys souhaitent mettre en avant nos vins blancs de qualité mais ne peuvent probablement attribuer la meilleure récompense à des vins quelque peu atypiques pour leur appellation puisque composé presque essentiellement de Sémillon et ne laissant qu’une part infime au traditionnel Sauvignon.

 

Sur le plan climatique, le vignoble de Malromé a pour l’heure été épargné par la grêle, mais il convient d’être prudent avant de pousser un ouf de soulagement, car tant que le raisin n’est pas en cuve nous n’aurons aucune garantie. Après les fortes pluies de ces derniers jours, nous devrions renouer avec des températures estivales au cours de la semaine. Rien de tel que de déboucher pour le repas un excellent rosé et nous sommes fiers de commercialiser dans les prochains jours nos premières bouteilles de rosé de Bordeaux. Il s’agit d’un véritable rosé de presse à la teinte pâle et aux aromes floraux, c’est pourquoi ce vin est véritablement différent de certains rosés issus de saignées qui ne sont parfois que des sous-produits de vin rouge.   

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Les vins de Malromé
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Vendredi 1 mai 2009
Le monde viticole n'avait guère besoin de mauvaise nouvelle. Les négociants, confrontés à un marché apathique, sont dans l'attente de la prochaine édition de Vinexpo, le pélerinage annuel du monde viti-vinicole (l'édition bordelaise n'étant que bisannuelle).

Malheureusement, l'actualité liée au virus A H1N1 nous oblige à nourrir de nombreuses craintes. En effet qu'adviendrait-il s'il s'avérait que la france soit affectée par une pandémie grippale ? Au cas où les réunions ne seraient pas interdite sur le sol français, pourrait-on compter sur la présence de la clientèle américaine ou asiatique ?
Autant de questions dont les réponses peuvent décider de la vie ou de la mort d'une part importante de la filière vin, mais qui sont il est vrai bien dérisoires au regard de la tragédie humaine qui se joue actuellement.
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Dimanche 26 avril 2009
Je m’interroge parfois pour savoir si je dois ou non regretter mon ancien mode de vie parisien. Paris est une ville magnifique, une ville musée mais surtout une ville vivante. On dit des parisiens qu’ils courent en permanence, or c’est justement cette effervescence productive que j’apprécie. C’est bien simple, si on devait me punir on ne pourrait trouver mieux que de m’envoyer 15 jours à paresser sur une île avec ses palmiers de carte postale.

 J’aime déambuler dans les rues de Paris où se mêlent touristes et cadres cravatés savourant un café en terrasse avant un briefing stratégique, atmosphère qui me rappelle mes six années passées chez Deloitte et Pricewaterhousecoopers Corporate Finance. Pour autant, les amis parisiens dont je suis resté proche ne profitent pas eux-même véritablement de la capitale car, en dépit de leurs confortables salaires, la vie familiale et le besoin d’espace vital les poussent à s’éloigner en lointaine Banlieue.

C’est pourquoi je me dis que j’ai beaucoup de chance d’habiter Bordeaux, qui outre son prochain statut de champion de France de football (séquence pronostic), est une ville à l’architecture magnifique, une ville dotée d’un tramway véritablement efficace qui permet de déplacer dans toute la ville et les communes périphériques, une ville proche des plages, une porte sur la pays basque et l’Espagne.
Par son dynamisme et ses façades de style Grabriel, Bordeaux est un mini-Paris. Par son ouverture à la mer, son dynamisme artistique, ses pôles d’excellence dans la chimie et l’aéronautique, Bordeaux est à mon sens le Los Angeles français.

Mais il suffit de quelques minutes pour quitter Bordeaux et découvrir des paysages vallonnés et verdoyants où naturellement la vigne occupe une bonne place. Il y a quelques jours je devais me rendre de Malromé à Libourne pour remettre des documents à notre expert-comptable, Emmanuel Querre. J’optai pour la route passant par les communes de Saint-Germain de Graves et Branne.

Ce qui frappa mon esprit ce sont les odeurs. En fait, la différence majeure entre le monde urbain et la campagne ce sont les odeurs. En ville, les odeurs sont souvent des agressions olfactives liées à des déjections de canidés ou des effluves de pots d’échappement. Du coup, notre nez et notre cerveau se ferment, se désensibilisent, limitent leur réceptivité.

Or vendredi, dans l’Entre-deux-mers, ce qui m’a frappé tout en roulant fenêtre ouverte c’est qu’il m’était possible de deviner les activités humaines alentours sans les voir, rien qu’en me servant d’un sonar nasal.
Ainsi telle odeur d’argile me laissait suggérer qu’une charrue était en train d’ouvrir les sols dans une parcelle voisine de la route, telle odeur d’herbe fraîchement coupée révélait une tonte proche, telle odeur évoquait qu’un riverain avait récemment traité ses vignes. Il en va parfois de même pour certaines sonorités qui, bien qu’elles ne soient pas toutes harmonieuses et propices à la quiétude, évoquent dans mon esprit le rythme des saisons, comme par exemple le bruit d’une machine à vendanger en septembre ou d’un pulvérisateur signe d’une vigne renaissante après la petite mort de l’hiver.
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Pérégrinations bordelaises
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Samedi 25 avril 2009

Malromé est en mesure de se passer désormais totalement de désherbant, puisque nous sommes équipées de tondeuses intercep de marque AVIF que nous avons améliorées en les équipant de vérins et de détecteurs de mouvements du sol, afin d’adapter la tonte aux pentes et contre-pentes de nos coteaux. En renfort, nous utilisons une désherbeuse thermique qui grille l’herbe par une brusque élévation de la température ; système utilisé dans certains vignobles en biodynamie. Quant aux jeunes plantes et aux Sémillons de plus de 70 ans, ils seront décavaillonnés à l’anciennne lundi par l’entreprise Banton Lauret.

 

Par ailleurs, la question écologique étant un des enjeux majeurs de la viticulture du XXIème siècle, nous avons choisi d’entretenir sur 2009 l’une de nos meilleures parcelles en n’employant que des techniques et produits agréés pour l’agriculture biologique ; l’objectif étant de disposer d’un laboratoire végétal nous permettant de nous aguerrir et d’envisager à terme une conversion de l’ensemble du vignoble vers le bio.

 

Sur le plan des fertilisants, nous n’utilisons depuis deux ans que des engrais d’origine végétale ou animale (fumier, marc de raisin, sarments broyés) et nos sols sont depuis de nombreuses années travaillés un rang sur deux ; l’autre rang étant maintenu en enherbement permanent.

 

J’attends beaucoup de ces évolutions qui devraient nous permettre de limiter notre impact environnemental, d’offrir au consommateur des vins exempts de toute trace de pesticide-herbicide-fongicide et peut-être d’améliorer la complexité de nos vins en régénérant une vie microbienne de nos sols. D’ores et déjà, certains efforts des années passées semblent porter leurs fruits puisque nos parcelles respirent véritablement la vie, ce qui se constate au travers du grand nombre de vers de terre dans les sols et d’une importante richesse au niveau des essences de fleurs dans nos rangs. Certaines taupes auraient même élu domicile dans de jeunes plantations, signe que nos sols sont loin d’être compacts.

 

Il est en revanche une faune dont nous nous passerions bien, c’est celle des chevreuils qui pullulent dans les bois du château et qui occasionnent d’importants dégâts au vignoble en dévorant les bourgeons, avant de s’attaquer dans quelques mois directement aux grappes de raisin. Que faire ? La solution serait de dresser une clôture électrifiée pour tenir les chevreuils à distance, mais comment clore près d’une quarantaine d’hectares avec au surplus des parcelles parfois distantes de plusieurs kilomètres ?

Par Charles Traonouëz - Publié dans : A la vigne
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Lundi 6 avril 2009

Petit retour sur la semaine dernière. Il y a quelques jours se déroulait la semaine des primeurs sur Bordeaux. La majeure partie des Châteaux commercialisant leurs vins en bouteilles était en effervescence. Au final ces Primeurs n'ont pas été la catastrophe annoncée en dépit d'une conjoncture défavorable et d'une mauvaise coordination avec le salon allemand Prowein, d'après les statistiques de fréquentation annoncées par l'Union des Grands Crus qui font resssortir une baisse de seulement 9 %.
J’ai personnellement survolé ces dégustations, attendu que les primeurs ne concernent finalement que certains crus « spéculatifs », les vins de grande garde, et non les vins produits dans les petites appellations de Bordeaux, sauf pour de très rares exceptions. D’ailleurs, je n’ai goûté à Saint-Emilion ou Bordeaux que les Bordeaux et Bordeaux Supérieurs afin d’étalonner nos vins et de saisir des axes d’amélioration. Je me suis également penché sur les Bordeaux Blancs, pour les mêmes raisons, avec une mention toute particulière pour l’extraordinaire Bordeaux Blanc produit par Murielle Andraud, le Valandraud n°1, tout en fraîcheur malgré l’intense concentration qui est la patte des vins signés par Jean-Luc Thunevin.

 

Blancs toujours. Mon « coup de gueule » contre l’exclusion des Bordeaux élevés en fûts de chêne du Concours « Top Vins » a fini par payer. En effet, le Syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs vient de créer une catégorie spécifique pour ces vins, considérant qu’ils ont finalement pleinement leur place dans la palette des vins blancs de Bordeaux. Merci au Syndicat pour sa réactivité et sa capacité d’écoute.

 

Pour conclure cette semaine et quitter la viticulture, Alexia et moi avons été conviés au Musée des Beaux-Arts à une découverte privée de l’exposition « Sur les quais, ports, docks et dockers » à l’invitation du Cabinet Deloitte qui fût mon ancien employeur et avec lequel je compte encore de nombreux liens. De cette magnifique exposition j’ai retenu combien furent importantes les évolutions technologiques dans les progrès picturaux. En particulier, ce n’est qu’avec l’invention du tube de peinture que les peintres ont bénéficié de mobilité et de réactivité pour saisir pleinement la lumière extérieure.

 

Cette exposition est l’occasion de rappeler que Bordeaux est un port. En particulier, les nostalgiques apprécieront les toiles où les voiles sur la Garonne se comptent par centaine, ou encore le joli port de pêche de Lormont au charme Tropézien aujourd’hui remplacé par de hauts immeubles. On peut regretter que n’accostent plus à Bordeaux que quelques dizaines de bateaux de croisières, mais on découvre également à contrario que les quais de Bordeaux n’ont jamais été aussi beaux qu’aujourd’hui. En effet, les quais actuels sont issus d’aménagement relativement récents, les bords de Garonne ayant été jusqu’au XIXème siècle un étonnant contraste entre les façades de style Grabriel et des pentes douces boueuses et limoneuses menant au fleuve. L’embellie de ces quais devrait encore se poursuivre avec l’ouverture prochaine au public des aménagements réalisés en face du quartier Saint-Michel.

Par Charles Traonouëz
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Vendredi 27 mars 2009
La grande semaine des primeurs 2008 débutera lundi, bien que différentes dégustations aient été organisées pour permettre aux courtiers et négociants de la place de Bordeaux d’avoir une première vision du millésime.

D’ailleurs, nos vins rouges, blancs et rosés pourront être dégustés lors de la manifestation organisée par le Syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs, qui se déroulera dans les chais de Millésima, lundi 30 mars à partir de 18h30.

 J’essayerai dans la semaine de participer à différentes dégustations, comme celle organisée par Jean-Luc Thunevin au Château la Dominique. Je pense d’ailleurs débuter cette semaine dès dimanche en me rendant au Bar à Vins du CIVB, où sera présenté le premier millésime de la nouvelle AOC Côtes de Bordeaux, à l’invitation d’Emmanuel et Gaëtane Querre, propriétaires du Château d’Aiguilhe-Querre. Ce sera l’occasion pour moi de faire des découvertes et d’apporter ma pierre, infime mais j’espère symbolique, au succès de ce qui est pour moi l’une des 10 meilleurs idées de la décennie pour la viticulture bordelaise.

En effet, faisant fi de querelles de clochers, quatre appellations comportant le mot « Côtes » dans leur dénomination ont choisi de se rapprocher puis de fusionner pour créer une entité « Côtes de Bordeaux ». Le fait d’avancer sous une même bannière permettra à ces terroirs qui manquaient un peu de visibilité d’être plus clairement identifiés par le consommateur.
La force du projet « Côtes de Bordeaux », c’est que les terroirs ne sont pas gommés, car le vigneron aura toujours la possibilité de faire figurer sous le nom de l’AOC le nom du village, comme par exemple : Côtes de Bordeaux Castillon

Je suis persuadé que le succès sera au rendez-vous car cette nouvelle appellation compte déjà de grands noms comme le Domaine de L’A (propriété de Stéphane Derenoncourt), le Château Reynon (propriété du Professeur Denis Dubourdieux), le Château d’Aiguilhe (Comte Stephan Von Neipperg), le Château de Sainte-Colombe (Gérard Perse), le Château de Franc (Hubert de Boüard), le Château Carignan et sa cuvée Prima,  etc.

A contrario, je me fais du souci pour l’AOC Côtes de Bourg, qui s’est retirée du projet, estimant mieux valoriser ses vins seule. Nous en reparlerons et les comparaisons seront à mon avis intéressantes.

Malromé pourrait revendiquer la nouvelle appellation, mais nous ne disposons que de deux hectares sur les anciennes « Premières Côtes de Bordeaux » (aujourd’hui « Côtes de Bordeaux – Cadillac ») et, pour être franc, il ne s’agit pas des meilleures parcelles. Néanmoins, je ne désespère pas qu’un jour le groupe des Côtes compte un membre supplémentaire avec la zone de Saint-Macaire ; l’ambition d’intégrer l’AOC Côtes de Bordeaux me semblant plus pertinente que d’essayer de créer une énième appellation en rouge sous la bannière des vins de Saint-Macaire.

Pour finir sur Malromé, je voudrais souligner la belle opération commerciale conduite ce week-end par «1jour1vin.com », site où sont mis en avant pour le temps du week-end quatre des cinq meilleurs Bordeaux Supérieurs distingués lors des Talents de Bordeaux, dont notre Cuvée Comtesse Adèle 2006. Le cinquième, Lamothe Vincent, n’est absent qu’en raison de son succès commercial, toute la cuvée ayant été vendue. Une belle reconnaissance de la part d’1jour1vin.com pour une appellation mésestimée mais qui offrent parmi les meilleurs rapports qualité-prix de Bordeaux !
Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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