A propos de l'auteur


Charles Traonouëz  est Directeur du Château de Malromé, vignoble d'une quarantaine d'hectares en AOC Bordeaux, notamment réputé pour avoir été la dernière demeure du peintre Henri de Toulouse-Lautrec.

 

 

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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 15:26

En ce début d’année 2012, au nom de toute l’équipe du Château de Malromé  (Nathalie, Kelly, Frédéric, Rémi, Stéphane,  Yannick et votre serviteur), j’ai le plaisir de vous adresser nos meilleurs vœux de bonheur, de santé et de réussite pour chacun de vos projets.


J’avais personnellement un peu délaissé ce blog en 2011, mon dernier message datant de septembre dernier.

Il faut dire que nous avons connu depuis un départ important puisque Christophe Veyssière, qui occupait le poste de Maître de Chai et supervisait plus généralement la partie technique depuis janvier 2006, a choisi de  voguer vers de nouvelles aventures. Il est désormais œnologue-conseil pour un important laboratoire de l’Entre-deux-Mers.


De fait, je passe désormais encore plus de temps dans les chais ou à la vigne, ce qui est réjouissant en soit  mais ne permet pas de vous faire partager régulièrement l’actualité de la propriété. Et ce d’autant, qu’en cette année 2011, nous avons choisi d’initier officiellement la conversation de la propriété vers l’agriculture biologique. Or, ce mode de culture réclame encore plus d’implication, même si nous pratiquions déjà une viticulture exigeante depuis plusieurs années avec un travail des sols, des fertilisations sous forme d’apports organiques, la suppression des traitements anti-botrytis et des rendements bas.


Par ailleurs, nous mettons progressivement en place la biodynamie dans le vignoble. Paradoxalement, si les pratiques biodynamiques (dynamisation de bouse de corne ou de silice de corne, fabrication du compost maison ou de tisanes…) se prêtent extrêmement bien à la rédaction d’un carnet de bord d’une exploitation viticole, puisqu’elles sont la source d’une actualité toujours dense et riche, je n’ai pas voulu en faire un argument marketing. Notre démarche est uniquement motivée par un  double intérêt technique, démontré empiriquement dans les plus grands domaines bourguignons ou ligériens, et sanitaire (pour le personnel du château comme pour les consommateurs). Mais en évitant d’en parler, il va de soi que je me prive d’anecdotes qui permettraient d’alimenter plus régulièrement ce blog.


Simplement sur ce sujet, je voudrais vous dire que la biodynamie a été l’occasion de retrouvailles fort sympathiques. En effet, bien qu’ayant lu les ouvrages de référence, assisté aux conférences de Nicolas Joly ou à des formations professionnelles, il semblait évidant qu’il fallait se faire accompagner dans notre démarche par un consultant (la conversion à l’agriculture biologique faisant l’objet quant à elle d’un accompagnement de la Chambre d’Agriculture, en la personne du compétent et sympathique Joël Ortiz).

Si des propriétés bordelaises ont recours aux services des éminents Jacques Mell ou Pierre Masson,  nous avons choisi de nous tourner vers un consultant moins renommé mais tout aussi engagé, en la personne de Jacques Fourès. Jacques a été directeur de Malromé de 1991 à 2005. S’il est venu tardivement à la biodynamie, j’ai toujours vu Jacques sensible à une prise en compte global du vignoble dans son environnement, et attentif à la question de la géobiologie notamment.

Depuis, il s’est formé à la biodynamie, il a converti sa propriété familiale et il est devenu à son tour formateur auprès de vignerons bordelais ou du Gers notamment. La biodynamie étant une méthode basée sur l’observation des signaux que nous envoient le sol, la vigne et d’une manière plus général notre environnement, il m’a semblé préférable de solliciter un « sachant » connaissant parfaitement chacune de nos parcelles plutôt qu’un grand nom faisant l’objet de nombreuses sollicitations.

Par Charles Traonouëz - Publié dans : malrome
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Mercredi 14 septembre 2011 3 14 /09 /Sep /2011 17:39

Cela fait longtemps que les vignes du Château de Malromé n’ont pas vu de désherbant et cela s’observe. Je suis toujours un peu inquiet de la réaction de nos visiteurs face aux vignes plus qu’enherbées. Même un œnologue m’en a récemment fait le reproche. Et pourtant, nous préférons une parcelle de vigne en liberté plutôt que la paix des cimetières obtenues au moyen du Roundup et d’anti-germinatifs.

 

D’ailleurs, l’enherbement est un gage de qualité, et ce parce que l’herbe va faire concurrence aux pieds de vigne, forçant ses derniers à s’enfoncer plus profondément dans les sols pour puiser leur alimentation. Nous nous servons de l’herbe comme d’un régulateur de la vigueur de la vigne, en travaillant les sols ou en tondant en période de sècheresse, et à contrario en pratiquant un enherbement libre pour modérer l’énergie de la vigne dans les périodes fraiches ou humides.

En cette veille de vendanges, l’herbe offre en outre l’avantage de limiter les conséquences des pluies, puisqu’elle absorbe une partie de l’eau qui sinon remonterait par capillarité dans les raisins, au risque de les diluer ou pire de les faire éclater.

Ceci est essentiel, attendu que nous ne pratiquons pas de traitement anti-botrytis. A contrario, je ne comprends pas que certains voisins continuent de tondre leurs vignes à quelques jours des vendanges, cette activité générant une intense poussière qui se dépose ensuite sur les raisins prêts à être encuvés.

 

Le paradoxe de ceci est que nous avons reçu les félicitations de la Chambre d’Agriculture, qui voit en Malromé une exploitation exemplaire en matière de réduction drastique des produits phytosanitaires et de gestion de l’enherbement. En effet, si on peut à postériori critiquer les choix techniques productivistes de la Chambre d’Agriculture d’il y a trente ans (mais les objectifs étaient-ils les mêmes qu’aujourd’hui, alors que la France sortait épuisée et traumatisée par les Pénuries de l’occupation), aujourd’hui ses conseillers sont jeunes, orientés sur la qualité mais également avec un socle de connaissances en gestion, et très ouverts sur les modes de production biologiques.

Aujourd’hui, ces conseillers, comme Joël Ortiz, Jean-Baptiste Mérignac ou Cédric Elia pour ne parler que de notre secteur, n’hésitent pas à préconiser aux viticulteurs une certaine acceptation du Mildiou mosaïque, afin de limiter le nombre de traitements dans le vignoble, et encouragent au maximum l’utilisation de produits biologiques même à leurs clients conventionnels.

 

Signe de l’évolution d’au moins une partie du vignoble bordelais, un nombre faible de traitements serait désormais un motif de fierté entre viticulteurs alors qu’il y a seulement quelques années, le bon vigneron s’appréciait à ses rendements pléthoriques.

 

Sinon, au vignoble les vendanges de blancs sont terminées, à l'exception d'une parcelle que nous dédions à la production d'un vin liquoreux. Les vendanges de rouge pourraient commencer vendredi ou lundi.photo-vendanges.jpg

Par Charles Traonouëz - Publié dans : A la vigne
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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 18:35

Aujourd’hui fin des vendanges de nos premiers Sauvignon blanc entamées la semaine dernière et début des vendanges de Sémillon, à la main, comme il se doit. Les raisins sont superbes. Très peu de pourriture, malgré l’absence de traitement anti-botrytis. Depuis 2005, je ne crois pas avoir ramassé d’ailleurs des raisins aussi homogènes. Simplement, alors que tout semble très mûr, les pépins étant marrons et avec un petit goût de noisette, les peaux n’étant pas amères, je suis surpris par des degrés d’alcool potentiels raisonnables, de l’ordre de 12 à 12,5°.

Comme d’habitude, nous avons vendangé nos raisins blancs plus tard que le voisinage. Certaines caves coopératives étant d’ailleurs avancées dans la récolte de leurs rouges. Nous avons probablement gagné en gras, en concentration. Avons-nous perdu un peu d’arômes ? Nous le verrons bien, mais nous ne recherchons pas forcément à produire des blancs absolument « thiolés » comme ceux produits dans l’Entre-deux-mers. Ce n’est pas en soit les « thiols » qui m’énervent que l’omniprésence de ce terme dans la bouche des techniciens, la standardisation du langage ouvrant la voie à une standardisation des méthodologies, et par conséquent des vins. Ce tropisme technologique aboutit surtout à produire des vins que personnellement je trouve  techniquement bons, séduisants au premier verre, mais franchement ennuyeux.


Nous recherchons plutôt des vins blancs sèveux, longs en bouches, marqués par la minéralité. C’est pourquoi, outre des vendanges manuelles, nos vins blancs bénéficieront d’un élevage noble  et long (peut-être un an) dans des barriques bourguignonnes de chez François Frères, avec bâtonnage des lies fines. Une partie de la récolte fermentera en levures indigènes afin d’ouvrir la voie à une autre approche des vinifications.

Afin de marquer cette différence, et parce qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, une part importante de notre production en blanc (sinon l’intégralité) sera désormais produite sous l’appellation « Côtes de Bordeaux – Saint-Macaire ». Je n’ai pas toujours été tendre avec Saint-Macaire, estimant que la faible notorité de l’AOC, y compris au sein du négoce bordelais, était insurmontable dans un monde où les budgets communication sont essentiels et poussent au contraire au rapprochement des AOC. Pour paraphraser Staline, « Saint-Macaire, combien de divisions ? ». Aujourd’hui, je suis convaincu que l’avenir est au contraire à un retour au terroir, au clocher.


J’ai longtemps écouté benoitement les théories des rois auto-proclamés du marketing viticoles, à savoir que le sens de l’histoire c’est une simplification de l’offre pour une meilleure lisibilité du client mondialisé. La Bourgogne a-t-elle simplifiée son offre ? Non.  Au contraire. Ce qui fait rêver c’est au contraire certains noms qui confinent presque à l’ésotérisme et imprononçable pour un étranger comme « Chablis 1er Cru Montée de Tonnerre », « Puligny-Montrachet 1er cru, Sous le Puit », etc. De mon adolescence, je garde en mémoire des noms magiques comme « Auxey-Duresse », qu’il faut prononcer « Aussey ». Soyons clairs, la simplification de l’offre ne profitera qu’aux industriels du vin, certainement pas aux artisans, aux paysans. Pour ces derniers, c’est le nivellement par le bas. Le système champenois est porté aux nus vu de Bordeaux, mais l’essentiel de la production  est porté par le négoce.


De même, les vins que nous produisons à Malromé, jusqu’alors issus du seul cépage Sémillon, ne correspondent pas au profil recherché par les dégustateurs. De fait, hormis quelques journalistes comme Michel Bettane qui a encensé notre 2005 dans le journal Le Monde 2, notre relative atypicité nous prive de reconnaissance dans les Concours viticoles. En effet, on ne retrouve pas la fameuse note de bourgeon de cassis des Entre-deux-mers et des Bordeaux blancs. En effet, nos vins ont besoin de vieillir au moins un an en bouteille pour s’apprécier parfaitement.


Or, dans le même temps, de brillants vignerons réveillent l’appellation Côtes de Bordeaux Saint-Macaire, avec des vins blancs secs qui n’ont rien à envier aux vins de Graves ; une dimension paysanne en plus. Jacques-Charles de Musset a ainsi imposé son Château Fayard sur les meilleures tables de Bordeaux au Cap Féret.  Guy Durand-Saint-Omer, négociant et jeune viticulteur, travaille depuis peu à la production de blancs secs de haute volée avec l’aide d’Athanase Fakorellis. Par ailleurs, et c’est une chance énorme, une part importante de la production de Côtes-de-Bordeaux Saint-Macaire est désormais produite en agriculture biologique, à l’image du Domaine de Bouillerot (son propriétaire Thierry Bos étant Président de l’ODG Côtes de Bordeaux Saint-Macaire) qui est quasiment chaque année Coup de Cœur du Guide Hachette pour son liquoreux. L’évolution est telle dans ce domaine, avec l’arrivée de jeunes vignerons, que je ne serais pas surpris que l’AOC Côtes de Bordeaux Saint-Macaire soit la première en Gironde à généraliser le mode de production biologique sur l’ensemble de l’aire d’appellation.

 

C’est en tout cas un challenge que j’appelle de mes vœux.

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 08:18

Pour la troisième fois en quatre ans (en 2009 nous n’avions pas présenté de vin), un vin de Malromé sera présent en finale du Concours des Talents de Bordeaux organisé par l’ODG des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs. Ce concours annuel vise à  distinguer le meilleur vin de l’AOC Bordeaux Supérieur pour un millésime et identifier ses 4 dauphins.

 

Chaque année, ce sont près de 120 cuvées qui sont proposées par les vignerons. Elles sont ensuite goûtées à l’aveugle par un vaste panel d’une trentaine de viticulteurs de l’AOC. Une grande finale est alors organisée à Paris, pour environ 25 vins sélectionnés, à laquelle est convié un jury de journalistes spécialisés.

 

Nous avions pris l’habitude d’envoyer en finale notre Cuvée Comtesse Adèle, le 2006 ayant fini parmi les 4 dauphins, le 2008 étant finaliste. Cette année, ce sera notre cuvée classique, Château de Malromé 2009, qui représentera la propriété. En effet, nous n’avions pas présenté la Cuvée Adèle, les volumes de celle-ci étant désormais presque épuisés après des ventes record en primeurs.

 

Bon, après, on pourra dire que les Talents de Bordeaux ce n’est pas le Guide Parker ni le Concours Général Agricole de Paris. Il n’empêche que cette compétition mérite attention car je suis convaincu qu’on y trouve une forte concentration de vins d’un excellent rapport qualité-prix. Aujourd’hui, les meilleurs Bordeaux Supérieurs n’ont rien à envier aux grands vins de Fronsac, du Haut-Médoc ou des Côtes de Bordeaux. Même face à des vins issus de la plaine de Saint-Emilion ou des terroirs sableux de Pomerol, je ne préjugerai pas des résultats d’une dégustation à l’aveugle.

 

Enfin, il faut souligner l’excellence de l’organisation de ce concours des Talents de Bordeaux, puisque les cuvées sont dégustées une fois en bouteille et à l’aveugle, alors que beaucoup de notes où de médailles sont décernées sur la base d’échantillons tirés depuis les cuves ou les barriques, et pas toujours dans le plus parfait anonymat.

Par Charles Traonouëz
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Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 21:35

Cet été, le journal Sud-Ouest a publié une série d'articles, en double page centrale, dédiés aux hommes et femmes illustres originaires d'Aquitaine ou qui y ont séjourné, du Béarnais Vert Galant à Napoléon 1er qui résida sur l'Ile d'Aix avant d'être arrêté par les britanniques. Ces articles prennent la forme d’un monologue imaginaire mettant en scène l’artiste ou l’homme d’état à l’honneur.


Le dimanche 14 août, le quotidien régionale a donné la parole à Henri de Toulouse-Lautrec qui revient sur l’été 1901  en Gironde, entre le Bassin d'Arcachon et le Château de Malromé :

http://www.sudouest.fr/2011/08/14/moi-lautrec-assoiffe-de-vie-474254-4608.php


Par Charles Traonouëz
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Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 13:57

Suite à nos efforts croissants depuis 2005 pour accroître la qualité des vins, tout en préservant l'environnement et nos sols, nous avons progressivement réintroduit le travail du sol, le travail sous le rang, diminué l'usage des produits phytosanitaires.

 

Grâce à une bonne prophylaxie, nous sommes capables depuis 2009 de nous passer des traitements anti-pourriture, dont on sait qu'ils laissent des résidus dans les vins mis en bouteille.

 

La suite logique de cette démarche, et après avoir observé qu'en dehors de Bordeaux les plus belles cuvées étaient issues de raisins biologiques ou biodynamiques (de la Romanée-Conti en Bourgogne à la Coulée de Serrant en Val de Loire, en passant par les Champagnes d'Anselme Selosse, les Sancerre d'Alphonse Mellot, les Alsaces d'Olivier Humbrecht ou Jean-Michel Deiss, les Saumurs du Clos Rougeard, les vins du Rhodanien  Michel Chapoutier, etc.), était naturellement une demande de conversion officielle à l'agriculture biologique.

 

C'est chose faite depuis cet été, avec une période probatoire de trois années, pour la plus grande satisfaction future du personnel appelé à travailler dans les vignes, des riverains de nos parcelles, et nous l'espérons de nos clients.

 

photo ecocert

Par Charles Traonouëz - Publié dans : A la vigne
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Mercredi 29 juin 2011 3 29 /06 /Juin /2011 12:04

Lundi dernier, nous avons eu le grand honneur de recevoir Monsieur Akiya Takahashi, Directeur du Musée Mitsubishi Ichigokan, et sa collaboratrice, Naoko Sugiyama, en vue de la future exposition "Toulouse-Lautrec" programmée à Tokyo à l'automne 2011.

Le Musée " Mitsubishi Ichigokan " est financé par la Banque Mitsubishi qui a restauré entièrement l'un des très rares bâtiments du XIXème siècle du centre de Tokyo, pour y installer notamment l’exposition Toulouse-Lautrec.

L’exposition se déroulera du 13 octobre au 25 décembre 2011.

Dans le cadre d’une visite préparatoire, Monsieur Takahashi est venu en France pour s’imprégner de l’esprit des lieux associés à la mémoire de Toulouse-Lautrec.

A Bordeaux, le Cours de l’Intendance, le Restaurant le Chapon Fin (qui est encore à ce jour un restaurant gastronomique distingué par un macaron Michelin) ou encore le Grand Théâtre furent des lieux fréquentés par Henri de Toulouse-Lautrec, notamment sur les deux dernières années de sa courte existence. Mais c’est naturellement le Château de Malromé, où le peintre séjourna de 1883 à 1901 et où il finit ses jours, qui constitua le point d’orgue de la  tournée bordelaise de Monsieur Takahashi.

 

Toulouse-Lautrec aurait adoré savoir ses toiles exposées au Japon, et ce d'autant qu'il était véritablement influencé et fasciné par ce pays. Ainsi les estampes japonaises ont certainement influencé son art, l'amenant à signer ses oeuvres d'un cercle enlaçant les lettres HTL fusionnées comme pour évoquer un monogramme nippon.

Par ailleurs, la légende rapporte que le peintre ne pouvant se rendre au Japon du fait de son handicap, il aimait voyager par bateau de Paris à Malromé via les ports du Havre, de Bordeaux et de Langon, comme pour se figurer un périple à destination du Pacifique.

 

toulouse-lautrec-kimono.jpg.

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Pérégrinations bordelaises
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Jeudi 9 juin 2011 4 09 /06 /Juin /2011 12:18

Avec plus de 7 milliards d'euros de déficit pour le seul mois d’avril, la balance commerciale française vient d’établir un sinistre record mensuel. Depuis janvier, le déficit de la balance commerciale dépasse, en effet, 25 milliards d'euros. Les experts avaient anticipé de mauvais chiffres mais pas dans cette proportion. De sorte que le spectre d’un déficit de près de  70 milliards d'euros à la fin de l'année  commence à circuler.

Du point de vue d’un viticulteur, cette débâcle est loin de me surprendre avec un euro surévalué qui renchérit de 40 à 50 % le coût d’approvisionnement pour nos clients, rendant de facto plus compétitifs les vins Argentins, Australiens ou Californiens. Par ailleurs, certaines administrations rivalisent d’imagination pour pondre chaque jour plus de normes, plus de contrôles, plus de formalités. A contrario, avec cette inflation des procédures,  le nombre de jours consacrés à l’activité commerciale fond comme neige au soleil.


 Un simple exemple suffira à vous en convaincre. Un de mes proches a souhaité créer une structure de négoce de vins. Disposant déjà d’un solide réseau, il a eu la chance de prendre d’importantes commandes dès les premiers jours de son activité. L’infrastructure logistique a été pour lui facile à mettre en place. Maintenant, cela fait plus d’un mois qu’il attend une réponse des douanes pour valider le cautionnement nécessaire au stockage et à l’expédition des vins.  Et nul n’est capable de lui dire quand cette autorisation arrivera. Le plus tragique est que pour créer une société offshore à Malte ou Hong-Kong, qui permet d’échapper à l’impôt et aux charges sociales et à toute formalité administrative, cela ne prendrait que quelques heures et moins d’un millier d’euros. Et le pire c’est que c’est l’entrepreneur resté sur le sol national qui est présumé fraudeur. C’est le même qui a toujours l’impression de déranger quand il arrive dans un service à 11h45, alors qu’il sait que pour lui la journée de travail entamée à 6 ou 7 heures s’achèvera vers 20 heures au plus tôt. C’est le même qui se verra menacé de pénalités pour le moindre retard, alors que les administrations ne s’appliquent pas la même exigence dans la production de réponses.


Si vous voulez d’autres anecdotes, je vous renvoie au dernier excellent billet sur le blog d’Hervé Bizeul (www.closdesfees.com/blog), talentueux vigneron du clos des Fées, intitulé « Quand les administrations rivalisent d'ingéniosité...pour mettre des bâtons dans les roues des entreprises qui créent la richesse qui, pourtant, les fait vivre. »


Par ailleurs, nous français aimons nous tirer des balles dans le pied. Depuis plusieurs années, des associations hygiénistes et les pouvoirs publics jettent l’opprobre sur la viticulture. Alors que nos challengers (Espagne, Argentine…) élèvent le vin au rang d’aliment culturel, en France, paradoxalement, il est impossible de communiquer positivement sur le vin dans la presse. Et même la récente autorisation de lancement accordée à une chaine thématique dédiée au vin par le CSA n’y changer rien, puisque Deovino ne pourra diffuser dans sa grille des émissions aucune image de dégustation. 


Dès lors, comment voulez-vous que nous ventions à l’étranger les mérites de nos vins, symboles d’un certain art de vivre, alors qu’un prohibitionnisme rampant s’impose à notre société ? Rappelons utilement que les vins et spiritueux français ont rapporté en 2010 plus de 9 milliards d’euros à la balance commerciale (solde net des importations de 7,9 milliards), ce qui fait de la viticulture le second poste excédentaire du commerce extérieur français, devant les parfums et derrière l’aéronautique. En 2010, les producteurs français de vins et spiritueux ont exporté l’équivalent de 137 airbus. Mais à la différence de l’aéronautique, la viticulture n’est pas délocalisable (du moins pour les vins d’AOC), mais elle peut mourir à petit feu, disparaitre, surtout quand le vigneron a l'impression d'être une danaïde.

 

 

 

 

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 09:08

Les vraies performances s'apprécient sur la durée.

 

J'ai le plaisir de vous annoncer que le Concours des Vins de Bordeaux a décerné pour la 4ème année consécutive une médaille d'Or à l'un des Bordeaux Supérieurs Rouges du Château de Malromé, en l'occurrence la Cuvée Adèle de Toulouse-Lautrec 2008.

 Depuis 2005 et l’arrivée d’une nouvelle équipe, la Cuvée Adèle cumule ainsi une médaille d’Argent (2005) et trois médailles d’or (2006, 2007 et 2008) dans ce concours de référence.

 Il est bien évident que cette recherche de qualité se poursuivra sur les millésimes à venir.

 

Paradoxalement, il m'arrive encore d'être surpris par la qualité des vins de Malromé. Aussi étonnant que ce soit, je bois très peu de vin de la propriété, préférant me concentrer sur des découvertes, arpenter gustativement d'autres terroirs, appréhender d'autres style de vinifications, afin de remettre en cause le travail fait sur la propriété. Hier par exemple, c'était un merveilleux Clos Rougeard 2006, un Saumur-Champigny de Nadi et Charli Foucault, servi à un prix défiant toute concurrence dans le restaurant Verretigo (59 Rue Georges Bonnac à Bordeaux), qui est certainement l'une des plus belles caves de Bordeaux.

Par ailleurs, le vin est une matière vivante qui évolue. Souvent les vins réagissent mal après une mise en bouteille et présentent ce qu'il est convenu d'appeler des symptômes de la "maladie de la bouteille". Dans son nouveau contenant, tout vin de Bordeaux aura besoin de se reposer une à plusieurs années en cave pour être dégustable. Je ne parle même pas de la recherche d'un optimal qualitatif, qui requière souvent 5 à 10 années de patience dans le cas de grands vins. Cela est vrai pour nos vins rouges, comme pour nos blancs, attendus que ces derniers sont produits à partir du cépage Sémillon qui permet une longue garde que sublime un bel élevage en barriques.

Au cours de sa vie, un vin peut également passer par des phases d'ouverture et de fermeture. On prétend qu'ils sont parfois sensibles au rythme des saisons, voire qu'ils s'apprécient différemment en fonction du calendrier lunaire (selon que l'on est en jour "fruit" ou "racine" par exemple). Avec l'évolution, le vin va développer des arômes tertiaires qui prendront le pas sur les arômes nés du fruit, de la fermentation et de l'élevage. Saisir le bon moment pour déguster un vin est un art et non une science exacte, et chaque bouteille peut évoluer indépendamment selon la qualité du bouchon et les conditions de stockage. Tout sera peut-être plus simple le jour où une institution imposera de faire figurer sur l'étiquette une date limite de consommation, et je ne doute pas qu'un esprit chagrin y ait déjà songé.

Pour ces raisons, à l'occasion de dégustations organisées pour des clients de passage,  j'ai parfois l'impression de redécouvrir avec bonheurs des vins que j'avais pris plaisir à suivre lors des vinifications ou des assemblages. Hier, ce fut le cas d'un Château de Malromé 2008 (Bordeaux Supérieur rouge) qui est maintenant parfait pour une dégustation. L’élégant boisé s’est maintenant fondu, de sorte que ne subsiste les notes gourmande d’un merlot parfaitement mûr et crémeux. Je me souviens d’avoir goûté le week-end dernier un Saint-Emilion Grand Cru, pourtant voisin du prestigieux Cheval Blanc, qui ne présentait ni la même concentration ni la même gourmandise. Il est vrai que ce dernier vin était issu du millésime 2004, qui est réputé pour être difficile, mais je reste convaincu qu’une dégustation comparée à l’aveugle serait cruelle, même sur d’autres millésimes.

L’autre vin dégusté était la Cuvée Adèle 2007. Celui-ci n’est plus une découverte pour moi. A chaque bouteille c’est même une confirmation. Ce vin est le mariage de la puissance et de l’élégance. Une belle trame de cabernet franc apporte longueur, fraîcheur et finesse, quand le merlot transmet une belle matière.

C’est un vin qui a charmé de grands dégustateurs comme Andréas Larsson (meilleur sommelier du monde de 2007 à 2010). Il a lui aussi reçu comme distinction une médaille d’Or à Bordeaux et une bonne place dans le Guide Hachette, en son temps. Pourtant, la distribution de ce vin reste confidentielle, contrairement au château de Malromé classique.

Diffusion confidentielle car « la place de Bordeaux » a des difficultés à vendre des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs achetés plus de 4 euros, et peu importe que les meilleurs vins de ces AOC surpassent bien des vins de Graves ou de Saint-Emilion. C’est le marché qui veut cela. Les vins de Bordeaux, hors une centaine de crus classés, sont sur un marché de masse qui impose souvent des codes simplistes pour être plus efficient.

Diffusion confidentielle également, car le millésime 2007 a été, semble-t-il, dès sa naissance marqué du sceau de l’infamie. Rare sont les négociants qui semblent s’intéresser à ce millésime plutôt humide et de facto dénigré par la critique. Peu importe que certaines propriétés, à force de tri dans les vignes et les chais, aient superbement rehaussé la qualité promise par la météorologie. Peu importe que ce millésime offre certains vins d’une incroyable finesse et digestibilité. Peu importe que les vins de 2007 soient proposés à des prix souvent raisonnables. Probablement s’agit-il là d’une bonne nouvelle, pour les amateurs de vins capables de s’affranchir des stéréotypes et de s’aventurer hors des sentiers battus ?

 

 

 

 

 

 

 

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Les vins de Malromé
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Mercredi 4 mai 2011 3 04 /05 /Mai /2011 21:25

Hier soir, j’ai pu assister avec 150 autres personnes à la projection du film « La Clef des terroirs » réalisé par Guillaume Bodin, qui en dépit de ses 24 ans a déjà travaillé dans plusieurs domaines viticoles en biodynamie en France et en Nouvelle-Zélande.  Il s’agit de l’œuvre d’un passionné et professionnel du vin, réalisée avec un petit budget inférieur à 50 000 euros, et qui est diffusée actuellement dans plusieurs villes de France, à raison d’une à trois projections par étape.


J’ai trouvé ce film esthétique, pédagogique et fin. Par exemple, sur la question du soufre en vinification ou en élevage, deux témoignages croisés de vignerons montrent qu’ils n’y a pas d’approche figée et que l’inspiration du vigneron prédomine encore sur le dogme, même en biodynamie.

Ce qui est surtout appréciable dans ce film c’est que le spectateur n’est pas confronté pendant une heure et demi à un déferlement d’images cataclysmiques sur la dégradation de l’environnement. Au contraire, le message transmis par le réalisateur est positif. C’est celui d’un renouveau de la viticulture, d’une redécouverte des gestes anciens, avec comme fil rouge l’expérience des frères Bret dans le mâconnais. Heureux qui comme un biodynamiste aurait pu écrire du Bellay, car ce qui est frappant dans le film c’est l’éternel bonne humeur affichée  par les différents intervenants dans le film, mais ce qui ne m’étonne guère pour avoir échangé avec des vignerons comme le regretté Marcel Lapierre, Thierry Germain, les Joly père et fille ou encore Stéphanie Roussel, dont la générosité et la franche sympathie s’expriment dans leur vin comme dans leur vie.

 A contrario, c’est vrai que les sujets de franche rigolade sont moins fréquents en viticulture plus conventionnelle, quand il faut manipuler des produits phytosanitaires réputés cancérigènes ou des déhserbants qui bétonnent les sols, et dans un contexte économique mondial saturé de vins bons marchés rendant le travail à perte légion dans les petites appellations. Au contraire, chez les frères Bret, où la dimension paysanne se mêle à la haute couture viticole, même le traitement de la vigne, au moyen d’un mélange de bouillie bordelaise et d’infusions de plantes, prend une tournure ludique.


Ceux qui ont raté la projection d’hier pourront se consoler avec la diffusion prochaine d’un autre film abordant le même thème mais avec une approche différente, réalisé cette fois par les vignerons bordelais Olympe et Yvon Minvielle avec le soutien du groupe « Renaissance des Appellations ». Leur film, L’Esprit du Vin – le Réveil des Terroirs, sera projeté le 27 juin prochain au cinéma l’Utopia. De larges extraits sont déjà visibles, soit sur le blog du château lagarette, soit sur le site de la Renaissance des Appellations (www.biodynamy.com). Signe de l’évolution de la viticulture, on pourra découvrir Michel Rolland dans un rôle à priori inattendu (mais cette fois non piégé par un Jonhatan Nossiter) s’exprimer sur la réussite de la biodynamie.

 

 

Par Charles Traonouëz - Publié dans : Réflexions sur la viticulture
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